Ce dimanche 24 mai 2026, Romuald Wadagni a été investi président de la République du Bénin lors d’une cérémonie solennelle au Palais des Congrès de Cotonou, succédant ainsi à Patrice Talon après dix années d’un pouvoir marqué par une transformation administrative et économique profonde, mais aussi par de vives controverses démocratiques.

L’ancien ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, âgé de 49 ans, a prêté serment devant la Cour constitutionnelle avant de recevoir l’allégeance des Forces armées béninoises. Dans son discours d’investiture, il s’est engagé à respecter les textes fondamentaux, à garantir les libertés publiques et à œuvrer pour une prospérité partagée, tout en réaffirmant sa volonté de renforcer la coopération sous‑régionale et internationale.
Patrice Talon, arrivé au pouvoir en 2016 en homme d’affaires promettant de rompre avec les pratiques anciennes, a quitté ses fonctions jeudi dernier sur un message d’adieux empreint de fierté. Mais son bilan reste double : s’il a modernisé l’État et engagé d’importants programmes d’infrastructures, il a aussi été critiqué pour l’exclusion du parti Les Démocrates de la présidentielle d’avril 2026, faute de parrainages validés, et pour l’adoption controversée d’un mandat présidentiel de sept ans.
Avec un score officiel de 94,27 % des suffrages pour un taux de participation de 63,57 %, validé par la Cour constitutionnelle, Wadagni hérite d’une légitimité électorale massive mais contestée dans les rangs de l’opposition. Les sept années à venir s’annoncent sous le signe de la continuité économique et sécuritaire, mais aussi d’une pression accrue pour une ouverture politique, alors que la société civile et une partie de la classe politique réclament davantage de contre‑pouvoirs.
La cérémonie a réuni un parterre dense d’invités, signe de l’ancrage diplomatique du nouveau régime. On notait les anciens présidents béninois Yayi Boni et Nicéphore Soglo, une délégation nigériane conduite par le vice‑président Kashim Shettima et le milliardaire Aliko Dangote, ainsi que les représentants de l’Alliance des États du Sahel – notamment le Premier ministre nigérien Lamine Zeine et les ministres des Affaires étrangères malien et burkinabè.
Avant la prestation de serment, une passation symbolique a eu lieu au Palais de la Marina entre Talon et Wadagni. Le président sortant a publiquement adressé ses « vœux de réussite » à son successeur, estimant que le Bénin poursuivrait sa marche vers « une grande nation ». Wadagni devient ainsi le quatrième président depuis le renouveau démocratique de 1990, avec pour premier acte officiel la réception du Grand Collier des Ordres nationaux.
L’entrée en fonction est effective à minuit, ouvrant un septennat qui devra rapidement trancher entre continuité de l’héritage Talon et nécessité d’apaiser un climat politique tendu. La marge de manœuvre de Wadagni sera scrutée dès les prochaines semaines, notamment sur la révision éventuelle du code électoral et sur le dialogue avec une opposition qui dénonce un verrouillage institutionnel.



