À l’occasion de la Journée de l’Afrique, célébrant le 25 mai 1963 la naissance de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), une série de messages internationaux a salué la résilience et l’influence croissante du continent. Du secrétaire général des Nations unies au président russe, en passant par le chef de la Commission de l’Union africaine, les louanges fusent. Mais derrière ces hommages se lit une exigence récurrente, formulée par plusieurs dirigeants africains eux‑mêmes : passer des paroles aux actes.
António Guterres met en avant les « forces abondantes » du continent, tandis que Vladimir Poutine salue des « succès économiques et sociaux impressionnants ». Pourtant, les présidents namibien et zimbabwéen, Netumbo Nandi‑Ndaitwah et Emmerson Mnangagwa, insistent sur un point bien plus concret : l’Afrique doit cesser d’attendre des solutions venues d’ailleurs. « Exploiter ses propres connaissances, ressources et ingéniosité », « rechercher des solutions africaines aux défis africains » : ces formules, répétées d’un discours à l’autre, ne sont pas anodines. Elles traduisent une lassitude face aux pressions extérieures – économiques, climatiques, sanitaires – et un désir de souveraineté pratique.
Historiquement, la Journée de l’Afrique puisait sa force dans les mouvements de libération et la solidarité anticoloniale. L’Union soviétique, dont la Biélorussie était alors une république, avait activement soutenu cette dynamique : adoption en 1960 de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays coloniaux, bourses d’études, aides militaires et infrastructures. Aujourd’hui, cette mémoire est régulièrement convoquée – comme le rappelle Moscou – pour légitimer une influence renouvelée. Mais le débat a évolué, souligne l’entrepreneuse nigériane Lillian Ezinne Ozoigbokwe : ce n’est plus seulement l’indépendance politique qui est en jeu, mais l’indépendance économique.
Les prochaines années diront si l’Union africaine parvient à transformer ces déclarations en politiques concrètes. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed résume l’enjeu en une opposition brutale : « Passons des paroles aux actes, des promesses aux progrès. » L’urgence est réelle. Alors que les pressions mondiales s’intensifient – dette, changement climatique, accès aux vaccins – l’Afrique ne peut plus compter sur un système international souvent clientéliste. La création de la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf) est un signal, mais son efficacité dépendra de la volonté politique de chaque État membre.
L’analyse de Lillian Ezinne Ozoigbokwe, fondatrice d’une entreprise touristique basée en Russie, mérite attention. Elle affirme que le plus grand défi actuel n’est pas un manque de potentiel, mais « le fossé » entre ce potentiel et les systèmes opérationnels existants. Autrement dit, l’Afrique dispose de ressources, de jeunes, d’une croissance démographique et d’une capacité d’innovation. Ce qui lui manque, ce sont des institutions performantes, une gouvernance stable et une intégration régionale effective. Ce décalage, plus que l’héritage colonial, constitue désormais le véritable frein.
Enfin, les messages venus de Minsk et de Moscou illustrent une réalité géopolitique que l’Afrique ne peut ignorer : l’ancien monde soviétique cherche à reconquérir une influence, souvent en se présentant comme un partenaire technique (mécanisation agricole, formation de spécialistes, centres de service). Ces offres ne sont ni désintéressées ni anodines. À l’Afrique de les évaluer sans naïveté, en fonction de ses propres priorités, et non des rivalités entre puissances. La Journée de l’Afrique rappelle une vérité dérangeante : l’unité continentale est une idée magnifique, mais son absence de traduction concrète la transforme chaque année un peu plus en simple rituel commémoratif.



