Le Sénégal a un nouveau Premier ministre. Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, économiste de 60 ans, a été nommé chef du gouvernement dans la soirée du lundi 25 mai 2026, selon un décret lu à la télévision publique. Cette nomination intervient trois jours seulement après le limogeage d’Ousmane Sonko, figure centrale de la mouvance au pouvoir et ancien mentor du président Bassirou Diomaye Faye.
Spécialiste reconnu de la macroéconomie, de la régulation bancaire et de la finance islamique, Ahmadou Al Aminou Lo est un ancien de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest. Membre du gouvernement depuis avril 2024, il a successivement occupé les postes de secrétaire général puis de ministre avant d’être propulsé à la tête de l’exécutif. Son profil technique contraste avec celui de son prédécesseur, Ousmane Sonko, davantage perçu comme un leader politique charismatique et contestataire.
Le limogeage d’Ousmane Sonko, le 22 mai, a marqué un tournant dans la jeune présidence de Bassirou Diomaye Faye, élu en avril 2024. Si les deux hommes partageaient une même ascension politique au sein du Pastef, les relations se sont progressivement tendues, jusqu’à rendre intenable une cohabitation au sommet de l’État. L’éviction de Sonko, brutalement annoncée sans détail public, a suscité des interrogations sur la stabilité de la coalition au pouvoir.
Avec cette nomination, le président Faye mise sur un « changement de méthode », selon les propres mots de Lo, et non sur un changement de cap. L’objectif affiché est de renforcer la cohérence institutionnelle et l’efficacité de l’action gouvernementale, sans renoncer aux engagements du programme « Diomaye président ». Reste à savoir si ce recentrage technique permettra d’éviter une crise politique ouverte avec les soutiens historiques de Sonko, dont la base militante reste influente.
Dans son allocution depuis le Palais de la République, Ahmadou Al Aminou Lo a tenu à rassurer : il ne s’agit pas d’une rupture idéologique. « Je considère cette nouvelle charge comme un sacerdoce », a déclaré l’intéressé, saluant la « confiance constante » du président Faye. Ce choix, qui privilégie un expert discret plutôt qu’un baron politique, pourrait être interprété comme une volonté de dépolariser l’action publique et de recentrer le débat sur la gestion économique, alors que le Sénégal traverse des tensions budgétaires et sociales persistantes.
En nommant un technocrate issu des institutions financières régionales, Bassirou Diomaye Faye envoie un signal clair aux partenaires internationaux et aux marchés : la stabilité macroéconomique reste une priorité, malgré les turbulences politiques internes. Cette stratégie comporte toutefois un risque. En éloignant du pouvoir un leader aussi populaire qu’Ousmane Sonko, le président joue une partie de sa crédibilité politique. Les prochaines semaines diront si ce « changement de méthode » apaise le jeu politique sénégalais ou ouvre une nouvelle séquence de confrontation.



