Le sommet du G7, qui s’est achevé le 17 juin à Évian, a accouché d’une déclaration inédite sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Pour la première fois, les sept puissances se fixent des objectifs chiffrés pour réduire leur dépendance à un fournisseur unique, une mesure qui vise directement la Chine, sans toutefois la nommer. L’enjeu est colossal pour l’Afrique, qui détient près de 30 % des réserves mondiales de ces métaux indispensables à la transition énergétique.
Le texte adopté marque un tournant par rapport à la déclaration de 2025. Il engage les États membres à ramener sous 60 % d’ici 2030 leur dépendance pour les terres rares, avec une ambition affichée de 50 % dès que possible. Cette cible, qui devrait être étendue à d’autres minerais comme le lithium ou le graphite d’ici la fin de l’année, est un aveu indirect de la vulnérabilité occidentale face au géant asiatique, qui contrôle plus de 60 % de l’offre mondiale et l’essentiel des capacités de raffinage. La déclaration prévoit également un arsenal de mesures : soutien à la création de valeur locale, développement de stocks stratégiques, accélération du recyclage, et même l’étude de mécanismes de prix planchers.
🔴 🗣 G7 : "9 déclarations ont été adoptées de manière unanime par les leaders du G7", déclare Emmanuel Macron. Ces déclarations concernent notamment les minerais critiques, la lutte contre le narcotrafic ou la protection des mineurs en ligne. #canal16 pic.twitter.com/rQLRXDIkTS
— franceinfo (@franceinfo) June 17, 2026
Cette offensive du G7 s’inscrit dans une stratégie de sécurisation déjà largement entamée sur le terrain, souvent de manière bilatérale. Les États-Unis, le Japon et l’Europe multiplient les accords et les prises de participation sur le continent africain pour verrouiller leurs approvisionnements. L’entrée du consortium américain Orion Critical Mineral dans les actifs de Glencore en RDC, ou le renforcement japonais sur le projet namibien de terres rares Lofdal, illustrent cette course aux ressources. Les futures mines de Longonjo en Angola et Songwe Hill au Malawi sont d’ores et déjà orientées vers le marché américain, signant une réorientation stratégique des flux.
La mise en œuvre concrète de ces orientations soulève de nombreuses interrogations pour les pays producteurs africains. La question de la transformation locale, érigée en condition d’accès aux ressources par plusieurs États, reste floue dans la déclaration du G7. De même, l’idée d’un prix plancher, défendue par Washington pour contrer le dumping chinois et protéger la viabilité des projets hors du circuit asiatique, se heurte à des divergences internes. L’incertitude demeure sur la forme que prendra ce mécanisme, d’autant que le Pentagone a proposé un modèle basé sur l’intelligence artificielle qui ne fait pas consensus.
Pour les acteurs du secteur minier africain, ces annonces sont un signal fort mais ne doivent pas occulter les défis persistants. L’Afrique devra négocier fermement sa place dans cette nouvelle donne, au-delà du simple rôle de fournisseur. Le président kenyan William Ruto, dont le pays était invité au sommet, a d’ailleurs rappelé avec insistance que la transformation locale devait être le cœur des débats. L’ouverture annoncée de la nouvelle « Alliance du G7 pour la résilience » à des partenaires extérieurs pourrait offrir un cadre de discussion, à condition que les États africains y fassent entendre leur voix avec une unité et une clarté stratégiques qui leur ont trop souvent fait défaut.
The international community must pay attention to Africa. Our continent is central to the future of global growth and shared prosperity. With some of the world’s fastest-growing economies, a youthful population, and abundant natural and mineral resources, Africa is uniquely… pic.twitter.com/7RftXWfy8b
— William Samoei Ruto, PhD (@WilliamsRuto) June 17, 2026
Enfin, derrière l’ambition affichée, la prudence du G7 est révélatrice des tensions qui traversent le bloc occidental. Les 195 initiatives lancées depuis début 2026, pour un montant de 64 milliards d’euros, sont impressionnantes mais peinent encore à masquer des divergences opérationnelles. La question des prix planchers, mentionnée sans être tranchée, en est le parfait exemple. L’Afrique, qui concentre les réserves mais pèse peu dans la fixation des règles du jeu, doit désormais surveiller de près la concrétisation de ces engagements pour ne pas subir une nouvelle fois des décisions prises ailleurs, qui impacteront durablement son sous-sol et son économie.



