Dans la matinée du 18 juin, les forces nigériennes ont déjoué une tentative d’incursion armée contre l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, un site stratégique situé au cœur de la capitale. Le bilan officiel, communiqué par le ministère de la Défense, fait état de 13 morts parmi les forces de sécurité et les civils, tandis que 22 assaillants ont été neutralisés. Si l’attaque a été rapidement revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, les autorités nigériennes ont choisi de surfer sur une rhétorique plus politique en accusant sans preuve la France d’être la commanditaire de l’opération.
Selon le communiqué officiel lu à la télévision nationale, l’attaque a été menée aux environs de 6 heures du matin par des « mercenaires armés à la solde de la France d’Emmanuel Macron », certains étant équipés de ceintures explosives et circulant à bord de taxis et d’une fourgonnette. La réaction rapide des forces de défense a permis d’éviter le pire, empêchant les assaillants d’atteindre l’aérogare. Outre le bilan humain, les autorités ont saisi un arsenal conséquent comprenant des fusils d’assaut AK-47, des lance-roquettes RPG-7, des mitrailleuses, des grenades et des moyens de communication. Une opération de ratissage est toujours en cours pour traquer d’éventuels éléments résiduels, bien que le gouvernement assure que l’aéroport est « totalement sécurisé » et reste ouvert au trafic aérien.
Cette accusation directe contre la France s’inscrit dans une escalade verbale entamée par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) depuis le coup d’État de juillet 2023. Après avoir rompu la coopération militaire avec Paris et exigé le départ des troupes françaises, le gouvernement nigérien a fait de la dénonciation de l’ancienne puissance coloniale un pilier de sa stratégie de légitimation interne. En attribuant à la France la paternité d’une attaque terroriste revendiquée par Al-Qaïda, le régime cherche à détourner l’attention de l’inefficacité chronique de sa propre stratégie sécuritaire, tout en alimentant un narratif anti-occidental qui résonne favorablement dans une partie de l’opinion publique sahélienne.
Ce double jeu communicationnel expose Niamey à un isolement diplomatique accru. En instrumentalisant le terrorisme à des fins politiques, le gouvernement nigérien fragilise sa crédibilité sur la scène internationale et complique d’éventuelles médiations régionales. La réaction du Bénin, qui a condamné l’attaque avec fermeté sans relayer les accusations anti-françaises, illustre les limites de la solidarité sous-régionale. À court terme, l’accentuation de cette rhétorique risque de compromettre les canaux de dialogue encore ouverts avec les partenaires occidentaux, alors que le Niger fait face à une détérioration sécuritaire profonde et à une économie exsangue.
La revendication du JNIM, publiée dans la foulée, contredit frontalement la thèse officielle. Le groupe djihadiste, qui multiplie les actions spectaculaires dans la région des trois frontières (Mali, Burkina, Niger), voit dans cette attaque une nouvelle démonstration de sa capacité à frapper des cibles symboliques en zone urbaine. En accusant Paris, le gouvernement nigérien fait l’impasse sur l’évolution réelle de la menace terroriste, préférant une lecture politique de l’événement. Cette posture risque de brouiller la perception des Nigériens sur la nature réelle de l’insurrection djihadiste, qui continue de gagner du terrain dans les zones rurales et périphériques.
En saluant le professionnalisme des forces engagées et en appelant la population à la vigilance, le ministre d’État à la Défense, le général Salifou Mody, tente de rassurer un public de plus en plus las de l’insécurité. Toutefois, en liant délibérément cette tentative d’incursion à un complot extérieur, le pouvoir s’expose à un double risque. D’une part, il crée des attentes irréalistes quant à la résolution de la crise sécuritaire. D’autre part, en cas de nouvelle attaque, la population pourrait retourner cette rhétorique contre ses propres dirigeants, perçus comme incapables de protéger les civils. La vérité, aussi dérangeante soit-elle, est que le Niger est confronté à un ennemi intérieur bien réel, et que la désignation d’un bouc émissaire extérieur ne remplacera jamais une stratégie de contre-insurrection cohérente et inclusive.



