Mercredi, à l’issue d’une réunion d’urgence convoquée par le président burundais Évariste Ndayishimiye, actuel président en exercice de l’Union africaine (UA), l’organisation a annoncé avoir mobilisé 910 millions de dollars de promesses de financement. Cette manne est destinée à renforcer la riposte face à l’épidémie de la souche Bundibugyo du virus Ebola, qui sévit simultanément en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. Un montant significatif, mais qui reste conditionné à des décaissements effectifs pour éviter que l’effort continental ne reste lettre morte.
Sur ce total annoncé, seule une fraction provient directement des caisses des États membres africains, à hauteur de 80 millions de dollars. Ce qui interpelle, c’est l’écart entre l’ampleur des besoins immédiats et les fonds réellement disponibles. Les dirigeants présents ont martelé un impératif : libérer rapidement les fonds pour couvrir les 518 millions de dollars jugés indispensables au Plan continental conjoint de préparation et de riposte dans les quatre prochaines semaines. Ce chiffre n’est pas anodin : il correspond à la fenêtre critique durant laquelle le suivi des contacts et l’isolement des cas doivent atteindre un taux de 90 à 95 % pour espérer briser les chaînes de transmission.
La RDC, déjà marquée par des décennies de conflits et une instabilité récurrente dans ses provinces orientales, est confrontée à une multiplication des foyers épidémiques. L’Ouganda, de son côté, fait face à une recrudescence de cas dans des zones densément peuplées, où la mobilité transfrontalière complique le traçage. Depuis la fin de la grande épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2016, les leçons apprises avaient conduit à la création d’Africa CDC, mais les alertes successives montrent que les mécanismes de réaction rapide restent sous-calibrés face à une souche aussi contagieuse que celle de Bundibugyo.
Africa CDC a d’ailleurs prévenu : si la transmission n’est pas maîtrisée dans les semaines à venir, les besoins financiers totaux pourraient s’envoler jusqu’à 1,5 milliard de dollars. Une éventualité que les experts jugent crédible au vu de la dynamique exponentielle du virus en milieu urbain. Pour éviter ce scénario, l’institution dirigée par Jean Kaseya a annoncé un suivi hebdomadaire des engagements, des décaissements et des opérations de terrain. Une mesure de transparence bienvenue, mais qui repose sur la bonne volonté des bailleurs, alors que les précédentes épidémies avaient vu des promesses se diluer dans les lenteurs administratives.
Le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, a été on ne peut plus clair : « Chaque promesse doit se traduire en financements, fournitures, ressources humaines et appui concret pour les communautés et les intervenants. » Une mise en garde qui résonne comme un avertissement aux partenaires internationaux et au secteur privé, appelés à transformer l’élan de solidarité en actes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a réaffirmé son appui technique, notamment en matière de surveillance épidémiologique, de capacités de laboratoire et de prise en charge clinique. Mais l’urgence est ailleurs : sur le terrain, les équipes manquent de moyens logistiques pour assurer le suivi des milliers de contacts recensés, une tâche titanesque dans des régions où l’accès est souvent coupé par l’insécurité ou l’état des routes.
Le président Ndayishimiye a résumé l’enjeu en ces termes : « Nos populations ne nous jugeront pas sur nos déclarations, mais sur notre capacité à interrompre la transmission et à protéger les agents de santé. » Ce rappel à l’action sonne comme un test grandeur nature pour l’UA et ses États membres, alors que les communautés affectées en RDC et en Ouganda attendent bien plus que des communiqués. La réunion s’est conclue par un appel pressant à passer « des promesses aux livraisons effectives ». Le temps presse, et chaque jour perdu se traduit par des vies compromises.



