Huit entreprises ont officiellement déposé une demande de licence pour la culture de cannabis industriel au Ghana. L’annonce a été faite par le ministre de l’Intérieur, Alhaji Muntaka Mohammed-Mubarak, devant la Commission des assurances du Parlement. Le représentant du gouvernement a toutefois tenu à préciser que cette ouverture reste très encadrée et ne saurait être interprétée comme un feu vert à une libéralisation générale. Seules les cultures à faible teneur en tétrahydrocannabinol, le composé psychotrope du cannabis, sont autorisées, avec un seuil strictement fixé à 0,3 % de THC. L’usage récréatif demeure formellement interdit sur l’ensemble du territoire national.
Les candidatures sont actuellement à l’examen de la Commission de contrôle des stupéfiants, l’instance unique habilitée à délivrer les précieux sésames. Le ministre a insisté sur la rigueur du processus, rappelant que chaque licence sera assortie de conditions draconiennes en matière de traçabilité, de sécurité et de commercialisation. Les produits issus de ces cultures ne pourront être destinés qu’à deux secteurs précis : la pharmacie et l’industrie, notamment pour la fabrication de textiles, de biomatériaux ou de cosmétiques. Aucune dérogation n’est prévue pour un usage récréatif ou personnel, et les contrevenants s’exposent à des poursuites pénales.
Cette évolution s’inscrit dans le cadre de la loi de 2023 modifiant la loi sur la Commission de contrôle des stupéfiants, ainsi que du règlement d’application de la même année. Ces textes fondateurs ont ouvert la voie à une filière contrôlée du cannabis à usage non récréatif, tout en maintenant une politique répressive stricte contre le trafic et la consommation illicites. Le Ghana, pays ouest-africain longtemps réputé pour sa lutte vigoureuse contre les drogues, opère ainsi un virage pragmatique en alignant sa législation sur les standards internationaux du cannabis industriel et médical, à l’instar de voisins comme le Lesotho ou l’Afrique du Sud, mais avec une approche plus prudente.
À court terme, le gouvernement entend accélérer l’instruction des dossiers afin de lancer les premières exploitations dans les meilleurs délais. Parallèlement, les autorités prévoient de renforcer leur dispositif de surveillance et de prévention. Un recrutement de spécialistes du renseignement sur les stupéfiants est programmé dans les 261 assemblées métropolitaines, municipales et de district du pays. La Commission de contrôle des stupéfiants, qui dispose déjà de bureaux dans 66 collectivités, ambitionne de couvrir l’ensemble du territoire d’ici cinq à sept ans. L’enjeu est double : faire du Ghana un acteur émergent de la filière industrielle du chanvre tout en évitant les dérives sanitaires et sécuritaires observées ailleurs.
Pour préparer le terrain, le ministère de l’Intérieur et la Commission ont mené en 2025 près de 2 170 campagnes de sensibilisation et émissions radiophoniques, touchant environ 500 000 Ghanéens. Ces actions d’information ont visé à expliquer les limites légales, les risques liés à la consommation de substances psychoactives et les opportunités économiques de la filière encadrée. Par ailleurs, des clubs de prévention contre les drogues ont été créés dans les établissements scolaires, signe que les autorités misent sur l’éducation et la prévention pour accompagner cette réforme, plutôt que sur une simple ouverture économique.
Cette stratégie ghanéenne suscite l’attention des observateurs internationaux, d’autant que le pays cherche à diversifier son économie agricole tout en répondant à une demande mondiale croissante en cannabinoïdes à usage thérapeutique. Toutefois, le cadre juridique reste plus restrictif que celui de certains États africains pionniers, ce qui pourrait freiner l’enthousiasme des investisseurs étrangers. Le gouvernement joue ici une partition délicate, oscillant entre attractivité économique, impératifs de santé publique et pression des conservatismes locaux. Les huit demandes de licence ne sont donc que le premier acte d’un processus qui s’annonce long et jalonné de contrôles rigoureux. Le Parlement et la société civile resteront des vigies indispensables pour veiller à ce que la promesse d’un cannabis industriel vertueux ne se heurte pas aux réalités du terrain.



