Au moins 44 personnes ont péri mardi 11 août dans le naufrage d’un ferry sur le lac Kariba, à la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. L’embarcation, qui effectuait une liaison entre les villes de Kariba et Chalala, a chaviré alors qu’elle était manifestement surchargée et que des conditions météorologiques défavorables rendaient la navigation périlleuse. Les secours ont pu sauver 77 passagers, mais les opérations de recherche se poursuivaient ce mercredi pour retrouver d’éventuelles autres victimes, alors que le président Emmerson Mnangagwa a décrété l’état de catastrophe nationale.
Selon les autorités, 114 billets avaient été vendus pour cette traversée, alors que la capacité réglementaire du navire est limitée à 90 places. Le nombre total de passagers était donc déjà supérieur à la norme autorisée, sans compter les nombreux enfants voyageant sans ticket, une pratique courante qui a alourdi le bilan humain. Des témoins ont rapporté que les passagers, voyant les vagues grossir sous un ciel orageux, avaient supplié le capitaine de faire demi-tour. La panique s’est généralisée lorsque l’eau a envahi le pont avant de submerger le moteur, provoquant l’arrêt de l’embarcation. Certains survivants ont pu se hisser sur la coque retournée, tandis qu’un hélicoptère dépêché depuis un parc voisin et des plongeurs militaires ratissent encore les eaux du lac.
Le lac Kariba, l’un des plus grands réservoirs artificiels du monde, est une artère vitale pour les communautés riveraines du Zimbabwe et de la Zambie. Il sert à la fois à la pêche, au transport de personnes et de marchandises, ainsi qu’à la production d’énergie hydroélectrique. Pourtant, la sécurité fluviale y est historiquement précaire, avec des embarcations souvent vétustes, mal entretenues et soumises à des conditions climatiques changeantes. Ce drame rappelle une série d’accidents similaires dans la région, exacerbés par un manque chronique d’investissements dans les infrastructures de transport et de contrôle, alors même que l’État zimbabwéen est confronté à une crise économique persistante.
Au-delà du deuil national, cette tragédie relance avec acuité le débat sur la régulation du transport fluvial au Zimbabwe. Le gouvernement, en déclarant l’état de catastrophe, ouvre la voie à une mobilisation de fonds d’urgence, mais aussi à une évaluation des normes de sécurité applicables à tous les navires circulant sur le lac. Des appels se font déjà entendre pour un audit des embarcations, une révision des plafonds de passagers et un renforcement des contrôles météorologiques avant chaque départ. Toutefois, la mise en œuvre de ces mesures se heurtera aux contraintes budgétaires et à la faiblesse des moyens de l’administration locale, ce qui laisse planer le doute sur la capacité des autorités à prévenir une nouvelle catastrophe.
Les conditions de survie des passagers illustrent l’absence totale de dispositifs de sécurité à bord : peu ou pas de gilets de sauvetage, aucun radeau de secours, et une formation sommaire de l’équipage face aux situations d’urgence. Un survivant, interrogé par la presse locale, a décrit un « voyage devenu cauchemar en quelques minutes », où la fatalité a frappé des familles entières, y compris de jeunes enfants qui n’avaient même pas de place assise. Ce récit brut met en lumière une réalité trop souvent ignorée : celle de populations rurales dépendantes de services de transport informels ou semi-publics, où la rentabilité l’emporte sur la sécurité, et où chaque traversée est un pari sur la clémence du lac.
Sur le plan politique, ce drame survient à un moment délicat pour le président Mnangagwa, dont le gouvernement est régulièrement critiqué pour sa gestion des services publics et des infrastructures. La déclaration de catastrophe nationale permet une réponse rapide, mais elle ne suffira pas à dissiper les interrogations sur l’entretien du parc fluvial et la surveillance exercée par les autorités portuaires. Des organisations de la société civile zimbabwéenne exigent déjà une enquête indépendante, susceptible d’établir les responsabilités pénales et administratives, au-delà des seules condamnations rituelles. La pression monte pour que cette hécatombe ne reste pas une simple statistique, mais devienne un tournant dans la politique de sécurité des transports intérieurs du pays.



