Le Niger a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de souveraineté énergétique en signant, samedi à Niamey, une convention avec ZIMAR GROUP pour la construction d’une raffinerie et d’un complexe pétrochimique à Dosso. D’une capacité totale de 100 000 barils par jour, ce projet représente un investissement de 1,9 milliard de dollars et s’inscrit dans une logique de transformation locale du brut, jusque-là largement exporté ou sous-exploité sur place.
L’infrastructure prévue comprend trois trains de production, avec un premier bloc de 30 000 barils par jour et deux autres de 35 000 barils chacun. Le montage retenu est celui d’un partenariat public-privé selon le modèle BOT, qui prévoit trois ans de construction suivis de treize années d’exploitation avant transfert à l’État. Ce calendrier long traduit l’ampleur technique et financière du projet, mais aussi la volonté des autorités de sécuriser un retour sur investissement tout en maîtrisant le pilotage industriel à terme.
Ce projet fait suite à un mémorandum d’entente signé en octobre 2024 entre l’État nigérien et un consortium réunissant ZIMAR GROUP, société de droit nigérien, et HIGH TECH, une entreprise américaine. Il s’inscrit dans une politique plus large menée par les autorités de transition, qui multiplient les annonces visant à renforcer l’autonomie du pays dans les secteurs stratégiques, après plusieurs années de dépendance quasi totale aux importations de produits raffinés, en provenance notamment du Nigeria voisin.
Au-delà de l’objectif affiché d’autosuffisance, les autorités nigériennes voient dans cette raffinerie un levier pour devenir un pôle régional de raffinage, capable d’alimenter les marchés sahéliens aujourd’hui carencés en carburants. Toutefois, la viabilité économique du projet dépendra de la stabilité des cours du brut, de la sécurité dans la région de Dosso et de la capacité à attirer des partenaires techniques et financiers sur la durée, alors que le pays fait face à des contraintes budgétaires et sécuritaires majeures.
Un comité de suivi sera mis en place pour contrôler l’exécution de la convention et le respect des engagements contractuels, signe que l’État entend encadrer strictement ce partenariat. Ce dispositif de gouvernance est essentiel pour éviter les dérives observées dans d’autres grands projets en Afrique de l’Ouest, où le manque de transparence a souvent compromis les retombées locales. Reste à savoir si ce comité disposera des moyens et de l’indépendance nécessaires pour jouer pleinement son rôle.
La réussite de ce pari dépendra aussi de la formation des équipes locales et du transfert de compétences, conditions souvent négligées dans les grands contrats BOT. Si le Niger parvient à intégrer ces dimensions, la raffinerie de Dosso pourrait devenir un modèle d’industrialisation maîtrisée. Dans le cas contraire, elle risquerait de se transformer en une infrastructure coûteuse, sous-exploitée et sans effet structurant pour l’économie nationale, malgré l’ambition affichée par les autorités.



