Le président béninois Romuald Wadagni a fixé ses trois priorités pour son nouveau mandat, à l’occasion du premier Conseil des ministres tenu jeudi. Il place l’éradication de l’extrême pauvreté, la réduction des inégalités territoriales et le renforcement de la défense et de la sécurité au cœur de son action gouvernementale. Un cap clair, mais dont la mise en œuvre conditionnera la crédibilité du chef de l’État.
Selon le communiqué officiel issu du Conseil des ministres, Wadagni insiste sur une « régionalisation plus marquée des politiques publiques » pour corriger les déséquilibres de développement entre les communes. Il appelle les membres du gouvernement à accélérer les actions destinées à améliorer concrètement les conditions de vie des populations. La défense du territoire, souvent reléguée au second plan dans les discours de début de mandat en Afrique de l’Ouest, est ici érigée en priorité structurelle, signe d’un contexte sécuritaire régional sous tension.
Ce cadrage intervient alors que le Bénin sort d’une séquence électorale tendue et que le président, ancien ministre de l’économie et artisan de la recentralisation budgétaire, doit désormais répondre à une double attente populaire : la justice sociale et la sécurité face aux menaces venues du nord, à la frontière du Burkina Faso et du Niger. Depuis 2021, le pays a enregistré plusieurs attaques attribuées à des groupes djihadistes, ébranlant sa réputation d’îlot de stabilité. Dans ce contexte, l’équation entre développement local et fermeté sécuritaire devient existentielle.
Les prochains mois diront si cette feuille de route se traduit par des arbitrages budgétaires clairs. La régionalisation suppose un transfert effectif de compétences et de ressources vers les collectivités locales, souvent démunies. Sur le volet sécuritaire, l’exécutif devra trouver un équilibre entre renforcement des forces armées et protection des libertés publiques, sans céder à la tentation sécuritaire qui étouffe d’autres démocraties sahéliennes. Wadagni joue sa crédibilité : après dix ans au pouvoir sous différentes casquettes, l’heure n’est plus aux discours mais aux résultats mesurables.
Les observateurs notent toutefois une absence dans cette feuille de route : la gouvernance économique et la lutte contre la corruption, pourtant centrales sous le mandat de Patrice Talon, dont Wadagni fut le bras droit. Ce silence interroge. Soit le président considère que les réformes structurelles sont déjà en place, soit il évite volontairement un sujet politiquement sensible. À Cotonou, certains analystes rappellent qu’aucune lutte contre la pauvreté ne peut aboutir sans transparence dans la gestion des deniers publics, en particulier au niveau communal.
Un proche du gouvernement confie, sous couvert d’anonymat, que « la régionalisation est le vrai test de ce mandat. Si les maires restent sans moyens, le discours ne tiendra pas ». L’opposition, jusque-là discrète, guette les premiers dérapages. En toile de fond, la société civile béninoise, souvent plus exigeante que les partis, prépare déjà des indicateurs alternatifs pour évaluer la réduction des inégalités. Wadagni sait qu’il n’aura pas de deuxième round. Ce premier Conseil des ministres n’était qu’une déclaration d’intention. Le vrai combat commence dans les budgets.



