Le tirage au sort des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations 2027, effectué mardi 19 mai au Caire, a livré une carte sans ambiguïté : douze groupes de quatre équipes, pour vingt‑quatre qualifiés à l’issue d’une série de matchs disputés entre septembre 2026 et mars 2027. La phase finale, elle, se jouera pour la première fois sous la forme d’une co‑organisation tripartite associant l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie. Rien n’est joué, mais certains groupes sentent déjà la poudre.
Derrière l’apparente routine administrative se cache une géographie impitoyable. Le groupe A offre un Maroc favori mais surveillé par un Gabon irrégulier et un Niger en progrès constant. Le groupe B met face à face l’Égypte, éternelle candidate, et une Angola en confiance depuis sa dernière CAN. Pire encore : le groupe C ressemble à un piège avec la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Gambie et la Somalie. Aucune place n’est garantie, et la moindre défaite à domicile peut coûter une participation au rendez‑vous est‑africain.
Cette édition 2027 s’inscrit dans une phase de maturation du football continental, marquée par la multiplication des nations organisatrices – trois ici – et par une densification du calendrier. Le choix de l’Afrique de l’Est répond à une volonté politique forte de la Confédération africaine de football (CAF) : sortir des sentiers battus (Afrique du Nord, Guinée équatoriale, Gabon, Côte d’Ivoire) pour ancrer la compétition dans des territoires historiquement moins dotés en infrastructures. Mais cette ambition se heurte à une réalité : les trois pays hôtes sont versés dans des groupes distincts (Kenya dans le D, Ouganda dans le H, Tanzanie dans le L), et aucun d’eux n’a de qualification automatique. Un message clair : il faudra la gagner sur le terrain.
La conséquence est immédiate : entre septembre 2026 et mars 2027, les fenêtres FIFA vont se transformer en couperets. Les doubles confrontations aller‑retour dans chaque groupe ne laisseront que peu de place à l’improvisation. Les deux premiers seuls iront en phase finale. On attend donc des fédérations qu’elles mettent en place des staffs techniques stables, des stages de préparation dignes de ce nom, et qu’elles évitent les querelles internes de primes, fléau récurrent du football africain. Les nations qui négligeront cette préparation paieront cash.
Regardons les trois co‑organisateurs. Le Kenya (groupe D) hérite de l’Afrique du Sud et de la Guinée, deux poids lourds, plus l’Érythrée, inconnue mais coriace. L’Ouganda (groupe H) devra bousculer la Tunisie et la Libye, deux équipes nord‑africaines rodées aux joutes fermées. La Tanzanie (groupe L) tombe sur le Nigéria, leader naturel, et Madagascar, tombeur régulier de cadors. Aucun des trois n’est favori. Leur avantage théorique – jouer la phase finale chez eux – ne vaudra rien s’ils ne sortent pas des poules. La CAF a voulu éviter le traitement de faveur. Elle a été servie.
Ce tirage révèle aussi la densité nouvelle du football africain. Des nations comme le Mali (groupe K), le Burkina Faso (groupe F) ou la RDC (groupe E) ne peuvent plus compter sur un parcours tranquille. Le Liberia, le Rwanda ou le Burundi ne sont plus des faire‑valoir. La Somalie, l’Érythrée ou le Soudan du Sud, souvent cantonnés aux statistiques, ont désormais les moyens de créer des surprises. Autrement dit : la CAN 2027 se joue déjà, et les cadors qui aborderont ces éliminatoires avec suffisance iront regarder la phase finale à la télévision, dans l’indifférence générale. L’Afrique du football n’a plus peur des gros. Et c’est tant mieux.
Les groupes :
Groupe A : Maroc, Gabon, Niger, Lesotho
Groupe B : Egypte, Angola, Malawi, Soudan du Sud
Groupe C : Côte d’Ivoire, Ghana, Gambie, Somalie
Groupe D : Afrique du Sud, Guinée, Kenya, Érythrée
Groupe E : RDC, Guinée équatoriale, Sierra Leone, Zimbabwe
Groupe F : Burkina Faso, Bénin, Mauritanie, République Centrafricaine
Groupe G : Cameroun, Comores, Namibie, Congo
Groupe H : Tunisie, Ouganda, Libye, Botswana
Groupe I : Algérie, Zambie, Togo, Burundi
Groupe J : Sénégal, Mozambique, Soudan, Ethiopie
Groupe K : Mali, Cap-Vert, Rwanda, Liberia
Groupe L : Nigeria, Madagascar, Tanzanie, Guinée-Bissau



