À Abidjan, experts et acteurs agricoles se sont réunis pendant deux jours sous l’égide de la Cédéao pour tenter de lever les blocages qui empêchent le marché commun ouest africain de vraiment fonctionner. En ligne de mire : les tracasseries administratives aux frontières, le coût prohibitif du transport routier, et l’absence criante d’infrastructures ferroviaires. Sans solutions rapides, l’intégration économique régionale restera une chimère.
Les producteurs le répètent, les chiffres le confirment : acheminer du maïs de Bobo Dioulasso à Dakar coûte aujourd’hui plus cher que le prix de vente du produit sur place. Mamadou Cissoko, président d’honneur du Roppa, le dit sans détour : les camions ne suffisent plus, la durée des trajets et les barrières informelles tuent la rentabilité. La Cédéao entend diversifier ses axes, mais le bilan reste en deçà des besoins.
L’Afrique de l’Ouest est pourtant l’une des régions les plus avancées en matière d’intégration régionale, avec un schéma de libéralisation des échanges et un tarif extérieur commun théoriquement en place. Mais la réalité du terrain est tout autre. Les postes frontières restent des goulets d’étranglement où se multiplient les contrôles arbitraires et les taxes parallèles. Résultat : le commerce intra régional stagne autour de 10 % du total des échanges, très loin du potentiel réel.
La Cédéao affirme vouloir miser sur le rail, l’aérien et les corridors maritimes. Kolawole Sofola, directeur du commerce à la Commission, le rappelle : douze États membres sur quinze reposent sur une économie côtière, ce qui rend le maritime stratégique. Reste à savoir si les investissements publics et privés suivront. Les annoncés 10 milliards de dollars de commerce non captés par les statistiques officielles, selon le club Sahel/Afrique de l’Ouest de l’OCDE, montrent l’ampleur de l’économie informelle transfrontalière. Ignorer cette masse grise, c’est prendre le risque de piloter l’intégration à l’aveugle.
Les discussions abidjanaises n’ont rien de technocratique. Derrière les chiffres, il y a des paysans, des commerçants, des femmes transporteuses qui composent chaque jour avec l’arbitraire. Le Roppa, qui fédère des organisations paysannes ouest africaines, insiste sur un point trop souvent éludé : sans infrastructures ferroviaires adaptées, sans corridors physiques dignes de ce nom, toute politique de marché commun restera lettre morte. La volonté politique affichée devra se mesurer à l’aune des budgets alloués. Et pour l’instant, ces budgets ne sont pas à la hauteur de l’ambition affichée.



