La Fédération tunisienne de football (FTF) a tranché dans le vif. Moins de vingt-quatre heures après l’humiliation subie face à la Suède (5-1), Sabri Lamouchi a été démis de ses fonctions. Son successeur n’est autre que le Français Hervé Renard, nommé jusqu’à la fin de la Coupe du monde 2026. Une décision radicale, officialisée lundi par le président Moez Nassari sur la télévision publique, qui acte l’échec d’une stratégie engagée à peine six mois plus tôt.
L’ancien milieu de terrain international, en poste depuis janvier, paye le prix fort d’une entrée en matière catastrophique. La déroute concédée à Monterrey n’est pas seulement un revers tactique, c’est un naufrage collectif qui a exposé les carences défensives et l’impuissance offensive d’une équipe pourtant rompue aux joutes internationales. Hervé Renard, attendu dès mardi au Mexique pour diriger sa première séance, hérite d’une mission quasi impossible : redonner du crédit à une sélection dont l’image vient de voler en éclats.
Ce limogeage express n’est pas une première dans l’histoire du football mondial, ni même dans celle de la Tunisie. En 1998, déjà, Henryk Kasperczak avait été remercié après deux revers en phase de poules, sur le sol français. Cette année-là, la Coupe du monde avait également emporté les techniciens sud-coréen et saoudien. Mais si cette décision s’inscrit dans une tradition des grands tournois, elle révèle surtout une impatience chronique et une gestion par l’émotion qui fragilisent la préparation des Aigles de Carthage.
Le pari Renard est un coup de poker. Le technicien français, passé par la Zambie, la Côte d’Ivoire ou le Maroc, connaît le football africain et son exigence. Il doit désormais insuffler un sursaut d’orgueil à un groupe en pleine crise de confiance, avec des matches décisifs qui s’annoncent. Si son CV prestigieux rassure sur le papier, la question du temps et de l’alchimie se pose cruellement : peut-on reconstruire une équipe en quelques entraînements, dans le tumulte d’une compétition mondiale ?
Derrière ce changement précipité, c’est toute la politique sportive de la FTF qui interroge. Sabri Lamouchi, dont l’avenir était scellé dans les vestiaires dès le coup de sifflet final, avait été nommé dans l’urgence en janvier, sans projet de long terme. Les observateurs tunisiens pointent du doigt une gestion des talents défaillante et une préparation physique insuffisante. Loin d’un simple accident de parcours, ce revers suédois est le symptôme d’un immobilisme qui n’a plus sa place au plus haut niveau. Le véritable défi pour Renard sera peut-être de convaincre qu’il n’est pas seulement un pompier de service, mais le premier artisan d’une refonte structurelle.



