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Croissance en sursis : comment une guerre hors du continent fragilise les réformes africaines

Malika Coté 16 Apr 2026 Afrique, Économie, Finance, Politique 80 Lectures

L’Afrique subsaharienne abordait 2026 sur une dynamique inédite depuis une décennie : croissance à 4,5 % en 2025, inflation maîtrisée à 3,4 %, et une série de réformes macroéconomiques enfin payantes. Mais la guerre déclenchée au Moyen-Orient le 28 février 2026 a tout fait basculer. En quelques semaines, les prix du pétrole, des engrais et du fret maritime ont flambé, plaçant la région face à son plus grave choc extérieur depuis la pandémie de Covid-19.

Le FMI et la Banque mondiale ont d’ores et déjà révisé leurs prévisions de croissance à la baisse. Le FMI table désormais sur 4,3 % en 2026, soit 0,3 point de moins qu’avant-guerre, tandis que la Banque mondiale abaisse son estimation à 4,1 %, contre 4,4 % en octobre 2025. Ces écarts, en apparence modestes, prennent tout leur sens quand on mesure ce qu’ils interrompent. Car la stabilisation en cours était le fruit de choix douloureux : suppression des subventions aux carburants au Nigeria, restructuration de la dette en Éthiopie et au Ghana, discipline monétaire sans faille. Autant d’acquis désormais menacés.

Cette régression intervient au pire moment. Les marges de manœuvre budgétaires des États africains sont épuisées. Selon la Banque mondiale, le service de la dette des gouvernements d’Afrique subsaharienne est passé de 9 % des recettes publiques en 2017 à environ 18 % en 2025. Les remboursements de la dette extérieure ont bondi de 37 milliards de dollars en 2024 à 59,2 milliards en 2025. Fin 2025, près de la moitié des pays de la région étaient déjà classés à haut risque de surendettement ou en situation de détresse avérée. Dans ces conditions, absorber un nouveau choc sur les matières premières n’est pas un choix de politique économique : c’est une impossibilité budgétaire.

Les conséquences ne seront pas uniformes. Les pays exportateurs de pétrole comme le Nigeria, l’Angola ou le Congo pourraient tirer profit temporairement de la hausse des cours. Mais les importateurs nets, qui représentent la majorité des économies et des populations les plus pauvres, voient leur balance commerciale se dégrader, leurs factures énergétiques s’alourdir et l’inflation repartir à la hausse, projetée à 5 % fin 2026 selon le FMI. Dans un scénario de conflit prolongé, la production régionale pourrait reculer de 0,6 %, et les importateurs nets subiraient une contraction de 1,5 point de leur PIB réel dès cette année.

Le choc ne passe pas que par les prix du carburant. Les pays du Golfe, qui avaient investi plus de 100 milliards de dollars en Afrique subsaharienne en 2022 et 2023, réévaluent leurs priorités. Les fonds souverains, parmi les plus actifs dans les secteurs de l’énergie, des ports et des infrastructures numériques, pourraient se retirer. Par ailleurs, les transferts de fonds des migrants, vitaux pour des pays comme les Comores, la Gambie ou le Lesotho, subissent une pression à la baisse avec la contraction de la demande de main d’œuvre au Moyen Orient. Le FMI estime qu’une hausse de 20 % des prix alimentaires mondiaux pourrait placer 20 millions d’Africains supplémentaires en situation d’insécurité alimentaire grave.

La vraie question est de savoir si les réformes monétaires de 2024 et 2025 résisteront à un choc prolongé. La stabilisation du naira nigérian, les réformes du marché des changes en Éthiopie, les relèvements de notation souveraine obtenus par le Ghana, l’Afrique du Sud et la Zambie : tout cela reposait sur une crédibilité chèrement acquise. Or les spreads souverains se sont déjà élargis, notamment chez les importateurs de carburant. Le FMI et la Banque mondiale se disent prêts à intervenir, avec des capacités de réponse à court terme estimées jusqu’à 25 milliards de dollars, voire 70 milliards en six mois. Mais des économistes de l’Atlantic Council mettent en garde : sans feuille de route crédible de réduction de la dette, de nouveaux prêts risquent d’aggraver le cycle d’endettement. Les banques centrales sont sommées de ne pas assouplir leur politique monétaire prématurément. Pour une région qui a passé deux ans à reconstruire sa crédibilité, l’épreuve ne fait que commencer.

economie 2026-04-16
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