Africa Corps, la force russe déployée aux côtés de l’armée malienne, affirme avoir empêché ce week-end un « scénario syrien » au Mali en repoussant une offensive coordonnée d’envergure menée par le Front pour la libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Selon Moscou, plusieurs villes clés, dont Bamako, Kati, Gao et Kidal, ont été visées samedi, avec pour objectifs déclarés le palais présidentiel, l’arsenal national et l’aéroport international.
Africa Corps assure qu’entre 10 000 et 12 000 combattants ont pris part à cette offensive simultanée. Sur sa chaîne Telegram, la force russe revendique la sécurisation du palais présidentiel, la sauvegarde de « toutes les positions stratégiques » et la neutralisation de plus de 1 000 jihadistes ainsi que de plus de 100 véhicules. Elle affirme aussi avoir déjoué une tentative de coup d’État, évoquant un soutien présumé de « mercenaires ukrainiens et européens » ainsi que de « services spéciaux occidentaux ». Ces allégations, non vérifiables de manière indépendante, s’inscrivent dans une rhétorique de guerre informationnelle déjà observée au Sahel.
Le Mali traverse une crise sécuritaire profonde depuis 2012, marquée par la multiplication des groupes armés jihadistes et indépendantistes. L’arrivée des mercenaires de Wagner, rebaptisés Africa Corps après la mort d’Evguéni Prigojine, a modifié l’équilibre militaire aux côtés des Forces armées maliennes (FAMa), mais aussi suscité des critiques internationales sur les exactions et la gouvernance sécuritaire. Cette offensive sans précédent contre Bamako intervient alors que la junte a officiellement quitté la Cédéao en janvier 2025, accentuant l’isolement diplomatique du pays.
La suite des événements dépendra de la capacité des FAMa et d’Africa Corps à consolider leur contrôle face à une alliance tactique inédite entre le JNIM, affilié à Al Qaïda, et le FLA, groupe à dominante touarègue. Si la capitale reste aux mains du pouvoir, la revendication du FLA sur Kidal et la persistance des combats sur plus de 2 000 kilomètres de ligne de front indiquent une guerre d’usure en cours. À l’échelle régionale, la condamnation ferme de la Cédéao et les appels à une mobilisation collective peinent à cacher l’impuissance ouest-africaine face à un voisin que tout oppose désormais.
Le gouvernement malien a officiellement dénombré 16 blessés, civils et militaires, en assurant que la situation est « totalement sous contrôle ». Pourtant, des mesures inhabituelles ont été prises : couvre feu de 72 heures à Bamako, avancé à 19h30 à Gao, fermeture temporaire de l’aéroport de la capitale. Plusieurs chancelleries, dont l’ambassade américaine, ont appelé leurs ressortissants à la prudence. Ces signes de tension contrastent avec le discours officiel et suggèrent que l’onde de choc de ces attaques coordonnées est loin d’être absorbée.
Du côté des groupes armés, le JNIM revendique l’assassinat d’un capitaine malien à Goundam et des frappes contre la résidence du président Assimi Goïta, tandis que le FLA dit contrôler Kidal, à l’exception d’un camp russe retranché. Cette coordination opérationnelle, rarement observée à cette échelle, pourrait redessiner la carte des alliances locales. Elle pose aussi une question redoutable : et si le « scénario syrien » que dit avoir empêché Africa Corps n’était autre que celui d’un État fragmenté, livré à des forces parallèles et à une guerre par procuration entre puissances étrangères ?



