Deux députées mauritaniennes de l’opposition, toutes deux militantes anti-esclavagistes, ont été placées sous mandat de dépôt le 21 avril. L’opposition dénonce immédiatement une dérive autoritaire. Mariem Cheikh et Ghamou Achour, membres de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), sont poursuivies pour des critiques adressées au président et au gouvernement lors de diffusions en direct sur les réseaux sociaux.
Le parquet général justifie la levée de l’immunité parlementaire des deux élues par un « flagrant délit ». En droit mauritanien, cette procédure exceptionnelle permet de contourner les protections habituelles accordées aux députés. L’opposition rejette cet argument et y voit une manœuvre politique. Selon Biram Dah Abeid, fondateur de l’IRA et lui même député, Mariem Cheikh a été détenue pendant douze jours dans un lieu secret, loin de Nouakchott, au sein d’un centre de la police antiterroriste, avec son nourrisson de moins de trois mois. Une méthode, dit il, qui vise à briser psychologiquement les opposants pour les forcer à présenter des excuses publiques.
La Mauritanie a officiellement aboli l’esclavage en 1981, puis l’a érigé en crime contre l’humanité en 2015. Pourtant, les pratiques persistent et l’IRA reste l’un des rares mouvements à dénoncer activement ces héritages. Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a renforcé les outils répressifs. Une loi controversée sur les « symboles de l’État » a notamment été utilisée pour sanctionner des critiques à l’encontre des institutions et de leur représentant suprême. Biram Dah Abeid accuse le chef de l’État d’avoir personnellement actionné ce texte pour punir les deux députées.
À court terme, le maintien en détention des deux élues risque d’accroître les tensions à l’approche des prochaines échéances législatives. L’opposition, déjà fragmentée, pourrait trouver avec cette affaire un motif de mobilisation commune. Sur le plan international, des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, suivent de près ces arrestations. Un emballement médiatique pourrait contraindre Nouakchott à des concessions, ou au contraire durcir sa position. L’objectif affiché par Biram Dah Abeid de voir le mouvement abolitionniste « éradiqué » par le pouvoir n’est sans doute pas une simple formule de circonstance, mais un constat stratégique.
Les conditions de garde à vue évoquées par l’opposant interrogent sur l’évolution de l’appareil sécuritaire mauritanien. L’usage de lieux de détention non officiels, souvent associés à la lutte antiterroriste, n’avait jusqu’ici que rarement été documenté pour des élus. Placée hors circuit judiciaire classique pendant plusieurs jours avec un nourrisson, Mariem Cheikh incarne un visage que le régime peine à assumer. En choisissant de frapper des figures politiques abolitionnistes par ce biais, le pouvoir envoie un message clair à toute la société civile critique : aucun statut, pas même celui de parlementaire, ne protège contre la répression. Un signal qui pourrait, à terme, radicaliser une partie de l’opposition plutôt que la réduire au silence.



