Le Niger confirme officiellement que Kémi Séba, arrêté le 13 avril à Pretoria, est bien titulaire d’un passeport diplomatique nigérien « régulièrement attribué ». Une annonce qui complique la lecture d’une affaire où la police sud-africaine affirme, de son côté, préparer une extradition vers le Bénin, pays qui le recherche pour des faits liés à des crimes contre l’État.
Le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a précisé samedi à Lomé que la mission diplomatique de Niamey à Pretoria n’a été saisie que pour authentifier le passeport de l’activiste. Selon lui, le motif officiel de la détention est un simple dépassement de la durée légale de séjour en Afrique du Sud. Aucune mention d’extradition ne lui aurait été communiquée par les autorités sud-africaines, même s’il admet une possible « évolution du dossier ». L’audience, initialement prévue en milieu de semaine, a été repoussée au 20 avril.
L’arrestation de Stellio Gilles Robert Capo Chichi, alias Kémi Séba, 45 ans, intervient dans un climat de tensions régionales. Le Bénin le recherche activement pour des infractions présumées contre la sûreté de l’État, en lien avec des événements survenus en décembre dernier. Les Hawks, l’unité sud-africaine de lutte contre la criminalité organisée, agissent avec le soutien d’Interpol. L’activiste panafricaniste, connu pour ses prises de position radicales contre l’influence française en Afrique, multiplie les allers-retours controversés sur le continent, oscillant entre soutiens politiques et poursuites judiciaires.
L’issue de cette affaire dépendra de la priorité que choisiront les autorités sud-africaines. Si Prétoria donne suite à la demande d’extradition béninoise, Niamey pourrait dénoncer une violation du statut diplomatique de son ressortissant. À l’inverse, un retour pur et simple de Kémi Séba au Niger renforcerait l’idée d’une protection étatique assumée, mais n’éteindrait pas les mandats d’arrêt émis par Cotonou. Le report de l’audience au 20 avril suggère que les négociations entre États sont loin d’être closes.
Selon la police sud-africaine, Kémi Séba ne se trouvait pas simplement en situation irrégulière. Il est accusé, avec son fils âgé de 18 ans et un certain François van der Merwe, d’avoir tenté d’organiser un passage clandestin vers le Zimbabwe par le fleuve Limpopo, dans le but de rejoindre l’Europe. Un complice aurait été rémunéré à hauteur de 14 000 dollars. Lors de l’opération, les forces de l’ordre ont saisi près de 17 700 dollars en liquide et plusieurs téléphones portables. Ces éléments, s’ils étaient confirmés, changeraient radicalement la nature de l’affaire : ce ne serait plus seulement un contentieux migratoire, mais une possible filière d’exfiltration.
Rien ne permet à ce stade de valider la légitimité de ce passeport diplomatique nigérien. La question que tout observateur sérieux doit poser est la suivante : quelles fonctions officielles Kémi Séba exerce-t-il pour le Niger ? Aucune réponse claire n’a été fournie par Niamey. Dans les faits, l’octroi d’un tel document à un activiste sans poste diplomatique avéré relève soit d’une manœuvre politique, soit d’un aveuglement administratif. Les autorités sud-africaines, en sollicitant une simple « authentification », semblent d’ailleurs douter de la régularité de ce titre de voyage. Un flétrissement diplomatique qui, s’il était prouvé, exposerait Niamey à une perte de crédibilité.



