L’indignité d’une élue
La sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla s’est livrée à une charge raciste d’une rare violence contre Kylian Mbappé, à la suite de l’élimination du Paraguay par la France en huitièmes de finale du Mondial-2026. Sur le réseau social X, elle a qualifié le capitaine des Bleus d’« abruti », a moqué ses origines camerounaises en l’assimilant à un « singe » et a nié sa francité, allant jusqu’à évoquer la colonisation pour délégitimer son identité. Une sortie qui a immédiatement suscité une vague de condamnations, à commencer par celle du principal intéressé.
Un déchaînement verbal aux relents coloniaux
Dans ses publications, désormais supprimées, l’élue sud-américaine s’est employée à déconstruire le parcours et la personnalité de Mbappé, le dépeignant comme « rancunier, nouveau riche, arrogant et laid ». Elle a également moqué les supposées capacités intellectuelles du joueur, ajoutant que les « êtres les plus instruits qu’il ait jamais entendus étaient des chimpanzés ». Au-delà de l’injure, c’est un mécanisme de déshumanisation classique des discours suprémacistes qui opère ici, associant noirceur et sous-développement. Cette attaque ne visait pas seulement l’homme, mais aussi l’équipe de France, dont elle minimise la victoire en l’attribuant à un simple « coup de chance ».
Un contexte politique et social tendu au Paraguay
Ces propos n’ont rien d’une bévue isolée. Le Paraguay, comme une partie de l’Amérique latine, entretient un rapport complexe avec les questions raciales, souvent occultées par le mythe d’un métissage harmonieux. La société paraguayenne, majoritairement métisse et autochtone, n’est pourtant pas exempte de préjugés hérités de la période coloniale, et le racisme anti-Noir y est un tabou tenace. Celeste Amarilla, membre du parti libéral, est une figure controversée, connue pour ses prises de position clivantes sur les réseaux sociaux. Mais en s’en prenant à une icône mondiale, elle a exposé son pays à une réprobation internationale qui dépasse le cadre du football.
La riposte mesurée et politique de Kylian Mbappé
Plutôt que de surenchérir, Kylian Mbappé a opposé une réponse d’une rare hauteur politique. Dans un message sobre mais incisif, il a qualifié la sénatrice de « méprisable et indigne de sa fonction », tout en prenant soin de dissocier son discours de celui du peuple paraguayen, qu’il a salué pour « l’honneur et la passion » affichés durant le Mondial. En refusant de céder à la polémique stérile, le capitaine des Bleus a retourné l’attaque contre son auteure, lui rappelant que son racisme éclipsait déjà les performances historiques de ses propres joueurs. Une manière habile de poser les limites de l’acceptable, sans donner à cette élue une tribune qu’elle recherchait peut-être.
Madame Celeste Amarilla,
Vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction.
Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l’honneur tout au long de la compétition. Par votre inconscience et votre racisme décomplexé, le monde entier a déjà… pic.twitter.com/EnYmgQXvPL— Kylian Mbappé (@KMbappe) July 6, 2026
Les limites d’une immunité politique
Si les réseaux sociaux ont permis de documenter ces propos, la question de leur sanction reste entière. En tant que sénatrice, Celeste Amarilla bénéficie d’une immunité parlementaire au Paraguay, ce qui protège ses déclarations de poursuites judiciaires, sauf en cas de crime avéré. Toutefois, cette immunité ne la couvre pas sur la scène internationale, et la Fédération paraguayenne de football pourrait être amenée à réagir pour préserver son image. La FIFA, de son côté, a déjà condamné fermement les actes racistes dans les stades, mais elle n’a pas de prise directe sur des propos tenus en dehors de son cadre, si ce n’est pour rappeler ses valeurs. L’affaire pourrait donc rester sans suite judiciaire, mais elle laisse un goût amer, rappelant que le racisme, surtout lorsqu’il est proféré par des élus, prospère souvent dans l’impunité.
Le football, miroir grossissant des tensions identitaires
Au-delà de l’indignation légitime, cet incident révèle la fragilité des discours universalistes dans le sport. Mbappé, symbole d’une France multiethnique, cristallise des haines qui le dépassent. Pour une partie de l’Amérique latine, il demeure un « Afro-descendant » que l’on tente de rabaisser à ses origines, comme si son talent et son éducation ne pouvaient effacer un « sang » jugé impur. Cette affaire rappelle que, malgré la mondialisation et les hymnes à la diversité, les stéréotypes coloniaux persistent, même dans l’esprit de décideurs politiques. En réponse, la position de Mbappé, qui refuse de « laisser propager leur haine », dessine une ligne claire : celle d’une résistance individuelle, mais qui appelle une prise de conscience collective des instances sportives et politiques pour briser, enfin, ce cercle vicieux.
Les propos raciste de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla a l’encontre Kylian Mbappé
«Cet abruti n’a même pas appris à écrire. Au lieu de téter le lait maternel, il tétait des noix de coco, et les êtres les plus instruits qu’il ait jamais entendus étaient des chimpanzés», a-t-elle notamment écrit sur X. «Un Camerounais issu de la colonisation, s’efforçant désespérément de passer pour un Français, rancunier, nouveau riche, arrogant et laid. Il était nerveux et mort de peur pendant tout le match, à l’image de toute son équipe; ils n’ont même pas réussi à marquer un but, ils ont gagné grâce à un coup de chance…», a-t-elle poursuivi dans une autre publication sur X.



