L’Union africaine ne demande plus, elle exige. Lundi à Nairobi, en marge du sommet Afrique-France, le président de sa Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a réaffirmé que le continent doit obtenir au minimum deux sièges permanents au Conseil de sécurité de l’ONU, avec tous les droits qui en découlent, y compris le veto. Une déclaration sans appel qui place la réforme de l’organe onusien au cœur des priorités diplomatiques africaines.
L’UA ne se contente plus de revendications symboliques. Elle porte désormais un « modèle africain » clair, adossé au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte : deux sièges permanents avec veto — tant que cette prérogative existera — et cinq sièges non permanents dans un Conseil élargi. Mahmoud Ali Youssouf a salué le soutien affiché de la France, du Kenya et de la Sierra Leone, tout en appelant à une coordination politique plus offensive pour transformer ce consensus international croissant en réforme effective.
Composé de cinq membres permanents (États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine) dotés du veto et de dix membres non permanents élus pour deux ans, le Conseil de sécurité n’a pas connu de réforme structurelle majeure depuis 1965. Pourtant, l’Afrique représente aujourd’hui plus de 50 États et près d’un milliard et demi d’habitants, soit environ 18 % de la population mondiale. Cette absence de représentation permanente est régulièrement dénoncée comme un anachronisme géopolitique, mais les intérêts des puissances établies freinent toute avancée décisive.
Rien n’est encore joué. L’obtention d’un siège permanent, surtout avec droit de veto, nécessite un amendement de la Charte des Nations unies, approuvé par les deux tiers de l’Assemblée générale et ratifié par tous les membres permanents actuels. Or, aucun d’eux n’a intérêt à diluer son propre pouvoir. La stratégie africaine repose donc sur des alliances tactiques et une pression croissante, similaires à celle qui a permis l’entrée de l’UA au G20. Sans surprise, les prochains mois seront décisifs pour savoir si les déclarations de Nairobi se transforment en réel rapport de force.
Cette exigence africaine s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation de l’ordre international né en 1945. De l’Inde au Brésil, en passant par l’Allemagne et le Japon, plusieurs puissances émergentes réclament également une refonte du Conseil. Mais l’Afrique porte une légitimité singulière : elle concentre aujourd’hui la majorité des opérations de maintien de la paix onusiennes, sans avoir son mot à dire sur les décisions stratégiques. Comme l’a souligné Mahmoud Ali Youssouf, « la crédibilité du Conseil dépend de sa capacité à refléter les réalités du monde d’aujourd’hui ». Une phrase qui résume l’ampleur du défi : l’ONU réformée ou l’ONU contournée.



