Les États-Unis et le Niger viennent de sceller un partenariat sanitaire majeur. Un protocole d’accord bilatéral d’un montant de 179,3 millions de dollars sur cinq ans a été signé, visant à consolider la lutte contre le paludisme, améliorer la santé maternelle et infantile et renforcer la surveillance épidémiologique dans le pays. Cet accord s’inscrit dans le cadre de la nouvelle stratégie américaine « America First » en matière de santé mondiale, dont l’objectif est de concentrer les efforts là où les besoins sont les plus critiques.
Concrètement, Washington prévoit d’allouer jusqu’à 107,4 millions de dollars pour appuyer les programmes nationaux. Cette enveloppe sera dédiée à des actions de terrain contre le paludisme, endémique dans la région, ainsi qu’au renforcement des soins pour les mères et les enfants. L’accord prévoit également 5 millions de dollars spécifiquement destinés à la sécurité sanitaire mondiale et à la mise en place d’un écosystème numérique intégré de santé. Ce système, qui comprendra six modules interconnectés (dossiers médicaux électroniques, gestion des laboratoires, pharmacie, surveillance épidémiologique, gestion des stocks et entrepôt national de données), vise à moderniser en profondeur la gestion du système de santé nigérien.
De son côté, le gouvernement nigérien s’engage à mobiliser 71,9 millions de dollars de ressources nationales sur la même période. Cette contribution marque une volonté politique forte d’appropriation progressive des programmes de santé et d’une plus grande autonomie vis-à-vis de l’aide extérieure. C’est un signal envoyé tant aux partenaires internationaux qu’à la population, sur la priorité accordée à ce secteur.
Cet accord intervient dans un contexte de recomposition des alliances au Sahel. Après le retrait forcé des troupes françaises et la remise en cause de certains partenariats traditionnels par les nouvelles autorités nigériennes issues du coup d’État de juillet 2023, les États-Unis cherchent à préserver leurs intérêts et leur influence. L’approche « America First », théorisée par l’administration Trump et maintenue en partie par celle de Joe Biden, privilégie des partenariats bilatéraux ciblés et efficaces, souvent dans des domaines non sécuritaires comme la santé, pour maintenir un dialogue et une coopération. Il s’agit, pour Washington, de démontrer sa pertinence auprès des populations tout en acceptant une certaine forme de pragmatisme politique avec les gouvernements en place.
Les perspectives ouvertes par cet accord sont doubles. À court terme, il devrait permettre une amélioration tangible des indicateurs de santé, notamment la mortalité infantile et liée au paludisme. À moyen terme, l’accent mis sur le numérique et le renforcement des capacités nationales de détection précoce et de réponse rapide aux épidémies vise à rendre le Niger plus autonome face aux menaces sanitaires. L’objectif est clair : contenir les futures pandémies à la source, en formant des équipes locales et en dotant le pays d’outils de surveillance performants, un enjeu devenu planétaire depuis la crise de la Covid-19.
Ce partenariat avec le Niger n’est pas un cas isolé. Il s’insère dans une stratégie plus large de Washington qui, le même jour, a signé un accord similaire avec la République dominicaine. Ce dernier, d’un montant de 60,8 millions de dollars, est destiné à soutenir la lutte contre le VIH/sida et à implémenter un système de surveillance sanitaire « 7-1-7 », visant une détection extrêmement rapide des épidémies. Au total, ces deux accords représentent plus de 240 millions de dollars combinant l’assistance américaine et les co-investissements des pays partenaires. Cette approche de coparticipation financière pourrait devenir un modèle pour de futurs accords, obligeant les États bénéficiaires à une implication budgétaire directe et à une plus grande redevabilité.



