L’influenceur panafricaniste radical Kemi Seba, cible d’un mandat d’arrêt international délivré par le Bénin pour incitation à la rébellion, a été arrêté lundi en Afrique du Sud. La police locale a annoncé ce 16 avril 2026 qu’une procédure d’extradition vers Cotonou était en cours, après son interpellation à Pretoria en compagnie de son fils et d’un tiers présenté comme un passeur présumé.
Les autorités sud-africaines reprochent au trio d’avoir tenté une entrée illégale au Zimbabwe par le fleuve Limpopo, dans l’objectif affiché de rejoindre l’Europe. Lors de l’arrestation dans un centre commercial de Pretoria, les policiers ont saisi plusieurs téléphones portables ainsi que plus de 16 000 euros en liquide. Kemi Seba, 18 ans, son fils Khonsou Seba Capo Chichi et un certain François Van Der Merwe, présenté comme un facilitateur rémunéré, ont été placés en détention provisoire et doivent comparaître le 20 avril.
Kemi Seba, qui détient également un passeport diplomatique nigérien, est connu pour ses diatribes systématiques contre la France et les régimes africains jugés inféodés à Paris. Mais c’est son comportement lors de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 au Bénin qui a précipité sa traque. Il avait alors mis en ligne des vidéos triomphales dans les premières heures du putsch, finalement déjoué par les forces loyalistes. Ces agissements lui valent d’être recherché non seulement par le Bénin pour atteinte à la sûreté de l’État, mais aussi par la France.
L’issue de la procédure dépendra désormais de la coopération judiciaire entre Pretoria et Cotonou. L’Afrique du Sud, qui n’a pas d’obligation conventionnelle formelle d’extrader vers le Bénin dans ce dossier précis, examine néanmoins la demande. Si l’extradition est accordée, Kemi Seba pourrait être jugé à Cotonou pour incitation à la rébellion, un délit passible de lourdes peines. Dans le cas contraire, il pourrait être remis à la France ou, hypothèse moins probable, relâché sous conditions.
Figure controversée de la mouvance panafricaniste radicale, Kemi Seba s’est construit une audience internationale sur la dénonciation virulente du franc CFA et de l’influence française en Afrique. Ses prises de parole, relayées par des millions de followers, oscillent entre critique légitime des ingérences étrangères et appels à l’insurrection armée. Ce positionnement lui a déjà valu des condamnations en France et une interdiction de séjour dans plusieurs pays ouest-africains. Son arrestation en Afrique du Sud marque un tournant : un activiste médiatique devenu fugitif, rattrapé par la justice alors qu’il tentait de franchir clandestinement une frontière.
L’affaire expose les failles sécuritaires et judiciaires dans la circulation des personnes au sein de l’Afrique australe. Que Kemi Seba ait pu envisager de traverser le Limpopo, une frontière naturelle poreuse entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, illustre la perméabilité des contrôles dans la région. Elle soulève aussi une question plus large : combien d’autres profils sous le coup de mandats d’arrêt circulent librement entre les États africains, faute de volonté politique ou de moyens d’interopérabilité policière ? Pour le Bénin, l’extradition de Seba serait une victoire judiciaire et un signal adressé à ceux qui instrumentalisent le panafricanisme pour justifier la déstabilisation des régimes légitimes.



