L’Assemblée nationale du Sénégal a adopté mercredi 11 mars une modification de l’article 319 du code pénal, alourdissant considérablement les sanctions contre les relations homosexuelles. Les peines d’emprisonnement passent ainsi d’un maximum de cinq ans à dix ans, et les amendes sont multipliées par sept, atteignant jusqu’à 10 millions de francs CFA. Le texte a été voté à l’unanimité des 138 députés présents, avec seulement trois abstentions.
Cette réforme ne se contente pas de durcir les peines existantes. Elle introduit deux nouvelles infractions pénales : l’apologie et le financement de l’homosexualité, désormais passibles de trois à sept ans de prison. Pour éviter les dérives, le législateur a également inclus un volet réprimant la dénonciation calomnieuse, punie de deux à cinq ans d’emprisonnement. Le vote intervient alors que le pays connaît une vague d’arrestations de personnes accusées d’homosexualité, renforçant un climat déjà tendu sur ces questions de société.
Ce durcissement législatif s’inscrit dans un contexte socioreligieux où l’homosexualité est largement taboue et considérée comme contraire aux valeurs islamiques et culturelles. La classe politique, tant au pouvoir que dans l’opposition, a maintenu un front uni contre toute idée de dépénalisation. Si le gouvernement du Pastef, qui dispose d’une large majorité de 109 sièges sur 165, justifie cette mesure par une promesse de campagne, certains députés comme Thierno Alassane Sall y voient une manœuvre pour détourner l’attention des difficultés économiques et sociales que traverse le pays.
La loi doit encore être promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye pour entrer en vigueur, une étape qui ne devrait pas faire obstacle. Toutefois, les associations de défense des droits humains s’inquiètent des conséquences pratiques de ce texte. Elles craignent qu’il n’institutionnalise et n’amplifie un climat homophobe, légitimant les violences et les discriminations envers la communauté LGBTQI+ sénégalaise. L’application de ces nouvelles dispositions, notamment la distinction entre vie privée et espace public, promet d’être complexe et source de contentieux.
La romancière et féministe Ndeye Fatou Kane exprime une vive inquiétude face à ce qu’elle perçoit comme un glissement inquiétant de la société sénégalaise. Au-delà de la question homosexuelle, elle pointe une érosion de la notion de vie privée et une montée de l’islamisme politique. “Il y a actuellement une islamisation du Sénégal qui fait que tout ce qui est connoté comme occidental est formellement rejeté”, explique-t-elle. Selon elle, ce rejet identitaire, couplé à des vidéos de “justice populaire” circulant sur les réseaux sociaux, crée un terreau dangereux où le simple soupçon d’homosexualité, basé sur une attitude jugée efféminée, peut exposer à des violences.



