Le Premier ministre tchadien, Allahmaye Halina, a été interpellé ce lundi 16 mars au Sénat sur l’état de la cohésion nationale, un sujet brûlant dans un pays régulièrement ébranlé par des violences intercommunautaires. Interrogé par le sénateur Abderaman Koulamallah, le chef du gouvernement a reconnu implicitement la fragilité du vivre-ensemble, tout en tentant de rassurer sur la capacité de l’exécutif à maintenir l’unité du pays.
Face à la chambre haute, Allahmaye Halina a présenté un argumentaire structuré autour de la responsabilité collective. Il a insisté sur le fait que la cohésion nationale ne saurait reposer uniquement sur les institutions, mais qu’elle implique chaque citoyen, chaque parole, chaque geste. Cette mise en garde intervient alors que les tensions ethniques et les discours tribaux se multiplient sur les réseaux sociaux, menaçant de fracturer un peu plus le tissu social.
Le Premier ministre a détaillé les actions concrètes engagées par le gouvernement pour endiguer ces violences. Sur le plan sécuritaire, les opérations de désarmement se poursuivent avec près de 4 000 armes de guerre saisies à ce jour. Parallèlement, l’appareil judiciaire a été mis à contribution, avec des condamnations récentes d’auteurs de conflits meurtriers. À cela s’ajoute un renforcement des pouvoirs des autorités locales et la réhabilitation de la Médiature de la République, censée prévenir les crises avant qu’elles ne dégénèrent.
Ces annonces s’inscrivent dans un contexte particulièrement lourd. Le Tchad, déjà éprouvé par des décennies d’instabilité politico-militaire, a enregistré en 2025 des centaines de morts suite à des affrontements liés à l’accès aux ressources naturelles. Cette pression sur le terrain est aggravée par la prolifération des discours de haine en ligne, que les autorités peinent à réguler efficacement malgré l’implication de l’Agence nationale de sécurité informatique et de la Haute autorité des médias audiovisuels.
Pour tenter de sortir de cette logique répressive et curative, le gouvernement a misé sur une vision à long terme avec la Stratégie nationale de cohésion sociale 2024-2029. Élaborée avec l’appui du PNUD, cette feuille de route ambitionne de renforcer l’État de droit, de garantir un accès équitable aux services publics et de promouvoir le dialogue inclusif entre communautés. L’objectif affiché est de substituer une logique de médiation proactive à celle de la simple gestion des crises.
Reste à savoir si ces intentions, aussi louables soient-elles, pourront s’ancrer dans les réalités locales. La répétition des conflits et la méfiance historique entre certaines communautés constituent des obstacles majeurs. Si le Premier ministre a conclu en affirmant que « notre diversité doit être une force et jamais une ligne de fracture », la mise en œuvre concrète de cette vision sur le terrain, dans un pays où l’autorité de l’État reste inégale, déterminera si ces paroles se traduiront enfin en actes durables.



