Le rappeur congolais Gims, véritable phénomène commercial en France avec le titre de plus gros vendeur de disques de l’année 2025, a été placé en garde à vue mercredi 25 mars. L’artiste de 39 ans a été interpellé à sa descente d’avion à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle par le service national des douanes judiciaires. Son audition s’inscrit dans une procédure ouverte par le parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) pour des faits de blanchiment en bande organisée.
Si les contours exacts des soupçons pesant sur Gandhi Djuna, son vrai nom, restent à préciser, l’enquête vise un réseau d’une sophistication rare. Selon les informations d’Africa Intelligence, relayées par plusieurs médias, les juges d’instruction parisiens tentent de démêler les fils d’un système international mêlant sociétés écrans montées dans plusieurs juridictions, fausses factures, et optimisation frauduleuse de la TVA. L’objectif serait de blanchir des capitaux issus d’activités illégales en les faisant passer pour des investissements légitimes. Dans ce dossier, cinq anciens trafiquants de drogue de la région parisienne, reconvertis dans la criminalité financière, auraient déjà été mis en cause.
L’affaire met en lumière les mécanismes complexes que les enquêteurs tentent de déconstruire pour remonter jusqu’à l’origine des fonds. Au centre des investigations, un projet immobilier de prestige porté par le rappeur à Marrakech, le Sunset Village Private Residences. Ce complexe, qui doit réunir une centaine de villas haut de gamme pour une valeur estimée à 100 millions d’euros par Forbes, sert de point d’ancrage à l’enquête. Les autorités françaises s’intéressent de près à l’homme d’affaires franco-marocain Lahoucine Aourik Soussi, à la tête de l’entreprise Horizon Développement, chargée de la construction. Les enquêteurs cherchent déjà à comprendre l’origine des actifs de cet entrepreneur ainsi que les circuits de financement du projet.
La garde à vue de Gims marque une étape spectaculaire dans une instruction qui pourrait révéler des connexions inattendues entre le monde du divertissement et les circuits financiers parallèles. Pour l’artiste, l’enjeu est double. D’un point de vue judiciaire, il lui faudra convaincre les magistrats de la licéité des financements de ses investissements, alors que le parquet national anti-criminalité organisée ne saisit que les dossiers d’une gravité particulière. D’un point de vue professionnel, cette affaire pourrait entacher l’image d’un des artistes francophones les plus bankables, dont les succès commerciaux masquent depuis des années une discrétion médiatique soigneusement entretenue sur ses affaires privées.
L’intervention du service national des douanes judiciaires, plutôt que de la police judiciaire classique, n’est pas anodine. Elle signale que l’enquête porte probablement sur des flux financiers transfrontaliers et des mécanismes de fraude fiscale aggravée, un domaine où les douanes disposent de compétences d’investigation étendues. L’arrestation à l’aéroport, moment choisi pour éviter toute fuite ou destruction de preuves, traduit également la volonté des magistrats de marquer les esprits et de briser une forme d’impunité supposée.
L’avocat de l’artiste, Me David-Olivier Kaminski, n’a pas souhaité s’exprimer dans l’immédiat, laissant planer le silence sur la stratégie de défense. Pendant ce temps, les regards se tournent désormais vers la suite de la procédure. Dans les affaires de blanchiment en bande organisée, la garde à vue peut se prolonger jusqu’à 96 heures avant une éventuelle présentation à un juge d’instruction. C’est à ce moment que l’on saura si le rappeur est simplement témoin ou s’il se voit notifier une mise en examen, basculant alors dans un statut de prévenu au cœur d’un dossier judiciaire à fort retentissement.



