C’est une délivrance pour toute une nation. La République démocratique du Congo s’est qualifiée pour la Coupe du monde 2026, mardi à Guadalajara, en venant à bout de la Jamaïque en finale des barrages intercontinentaux (1 0 après prolongation). Un succès étriqué mais historique : les Léopards retrouvent la phase finale du Mondial cinquante deux ans après leur unique participation, en 1974. L’exploit est signé Axel Tuanzebe, buteur sur corner à vingt minutes du terme d’une rencontre où le résultat a primé sur la manière.
La partie n’a pourtant pas emprunté le chemin qu’on lui prêtait. D’entrée, Cédric Bakambu voit un but annulé pour un hors-jeu discutable, tandis que les Congolais affichent des intentions conquérantes. Puis l’étau se resserre. À mesure que l’enjeu étreint les joueurs, le jeu se dérègle : déchets techniques, repli progressif, rareté des occasions franches. Face à des Jamaïcains courageux, portés par les percussions de Leon Bailey, la RDC subit sans jamais rompre. Le temps réglementaire s’achève sur un score vierge, et il faut les entrées de Kayembe et Cipenga pour redonner du souffle aux Léopards en prolongation. Jusqu’à ce corner dévié au premier poteau que Tuanzebe pousse au fond, après une intervention de la VAR venue entretenir le suspense.
Pour mesurer l’ampleur de l’événement, il faut remonter loin. La seule participation congolaise à une Coupe du monde remonte à 1974, sous l’appellation Zaïre, avec une campagne marquée par l’humiliation. Cinq décennies d’échecs, de frustrations et de promesses non tenues ont forgé une attente disproportionnée autour de cette génération. Arrivé à la tête des Léopards en 2022, Sébastien Desabre a patiemment reconstruit une équipe solide, sacrée surprise de la dernière CAN, où elle avait atteint le dernier carré. Mais les barrages intercontinentaux, ce format impitoyable, n’épargnent rien : une seule confrontation, une seule chance. Et le poids de l’histoire à porter.
Désormais, la RDC se projette vers l’été et une entrée en matière XXL face au Portugal, dans un groupe qui comptera également l’Argentine et le Maroc. Le tirage au sort a réservé un parcours relevé, mais l’essentiel est ailleurs. Le fait d’avoir débloqué ce verrou psychologique, après des années de malédiction auto entretenue, change la nature du projet. Pour une fédération longtemps minée par les crises internes, cette qualification est un levier politique et financier. Pour le groupe de Desabre, elle valide une méthode : la solidité défensive et l’état d’esprit, parfois au détriment du jeu, paient sur les matchs couperets. Reste à savoir si cette équipe saura franchir un cap dans l’animation offensive d’ici le début du Mondial.
La rencontre a aussi illustré les paradoxes de cette sélection. Capable d’une entame autoritaire et de séquences collectives léchées, elle a ensuite donné l’impression de jouer avec la peur. Les deux buts refusés en première période, le recul progressif, les difficultés à se projeter : tout portait à croire que l’histoire allait se répéter. Mais les Léopards ont puisé dans leurs ressources mentales, usant de leur banc pour faire basculer un match qui les fuyait. C’est là une signature des équipes de Desabre : rarement flamboyantes, souvent accrocheuses, capables de tenir le choc quand l’air se raréfie.
Derrière l’euphorie, quelques avertissements demeurent. Le manque de maîtrise technique dans l’entrejeu, la dépendance aux coups de pied arrêtés, la gestion parfois erratique des temps faibles sont des angles morts que le Portugal ou l’Argentine exploiteraient sans état d’âme. Mais cette qualification, acquise à l’usure, a une vertu : elle replace le football congolais dans la cour des grandes nations africaines. À 52 ans d’intervalle, le retour est modeste dans la forme, mais immense dans sa portée symbolique. Pour des millions de Congolais, Guadalajara restera comme le soir où les Léopards ont cessé d’être les héritiers d’un passé douloureux pour devenir les acteurs d’un avenir enfin assumé.



