La République démocratique du Congo a annoncé un accord avec les États-Unis pour accueillir dès avril 2026 des migrants expulsés du territoire américain. Ce dispositif, présenté comme temporaire et entièrement financé par Washington, ne précise ni le nombre de personnes concernées ni les contreparties obtenues par Kinshasa. Immédiatement, la société civile congolaise a dénoncé un accord conclu sans transparence, dans un pays déjà dévasté par plus de six millions de déplacés internes et une insécurité chronique.
Concrètement, ce mécanisme prévoit un accueil encadré de ressortissants de pays tiers expulsés des États Unis, avec un examen individuel de chaque dossier selon les lois congolaises et les exigences de sécurité nationale. Aucun transfert automatique ne sera autorisé, et des sites d’accueil auraient déjà été identifiés dans les faubourgs de Kinshasa. Pourtant, plusieurs zones d’ombre persistent : le gouvernement congolais n’a pas révélé le calendrier précis des arrivées, l’ampleur du flux migratoire, ni les éventuelles compensations obtenues. Des sources diplomatiques indiquent que cet accord serait distinct du partenariat stratégique signé en décembre 2025, et que les négociations ont débuté après cette signature.
Cet accord s’inscrit dans une stratégie plus large de Washington visant à externaliser la gestion des expulsions vers des pays aux capacités institutionnelles limitées. En février 2026, la minorité démocrate du Sénat américain a publié un rapport révélant que plus de 32 millions de dollars avaient déjà été versés à cinq nations, dont le Rwanda et la Guinée équatoriale, pour accueillir environ 300 migrants. Le même document souligne que ces accords sont conclus dans l’opacité avec des gouvernements aux bilans contestés en matière de droits humains, des profils que la RDC partage : faible niveau de développement, protections institutionnelles fragiles, isolement relatif.
Selon le rapport sénatorial américain, des responsables de l’administration Trump auraient ouvertement évoqué un objectif de dissuasion : décourager les candidats à l’exil, les pousser à renoncer à leurs demandes d’asile ou à rentrer d’eux mêmes. La minorité démocrate y voit une logique d’affichage politique plus qu’une politique migratoire cohérente. À ce stade, Kinshasa n’a pas commenté ces critiques. Mais si l’accord est appliqué, la RDC devra gérer des tensions supplémentaires dans une région déjà instable, sans garantie que le financement américain couvre tous les coûts sécuritaires, humanitaires et diplomatiques.
La société civile congolaise ne cache pas son opposition. Timothée Mbuya, de l’ONG Justicia ASBL, dénonce une absence totale d’information et de débat public, ni la population, ni les députés, ni les sénateurs n’ayant été consultés. Il résume la crainte générale : « Le Congo n’est pas un dépotoir pour recevoir des individus refoulés ailleurs. Notre pays ne dispose pas suffisamment d’infrastructures pour accueillir ce genre de personnes. » D’autres voix estiment que la priorité devrait être de s’occuper des millions de déplacés congolais, bien avant d’accueillir des expulsés venus d’Amérique.
L’accord migratoire intervient pourtant dans un contexte de coopération renforcée entre Kinshasa et Washington, notamment sur le plan économique avec un accord minerais contre sécurité, et sur le plan sanitaire avec une promesse de 900 millions de dollars américains. Mais l’absence de contrepartie explicite liée à l’accueil des expulsés nourrit les soupçons d’un arrangement déséquilibré. Pour l’instant, le gouvernement congolais se retranche derrière le caractère temporaire et financé par les États Unis. Les jours à venir diront si cet accord résiste à la pression citoyenne et diplomatique, ou s’il rejoint la liste des promesses non tenues.



