Pour la première fois, un président mauritanien bénéficie d’une visite d’État en France. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est arrivé à Paris ce mercredi 15 avril pour trois jours de discussions au sommet. Au programme officiel : honneurs militaires, dîner à l’Élysée et entretien bilatéral avec Emmanuel Macron. Mais derrière le protocole, ce sont les questions migratoires, sécuritaires et économiques qui dominent vraiment l’agenda.
La visite s’articule autour de plusieurs temps forts. Mercredi, après une cérémonie aux Invalides, Ghazouani sera reçu à 17 heures par le président français. Jeudi, il rencontrera la présidente de l’Assemblée nationale et le maire de Paris, avant un déplacement à Brest pour visiter les chantiers navals et l’Ifremer. Vendredi, dépôt de gerbe sous l’Arc de Triomphe puis forum d’affaires avec des chefs d’entreprise. Un programme dense qui mêle symbolique républicaine et dossiers concrets. Le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, accompagne le chef de l’État.
La Mauritanie est devenue ces dernières années un partenaire clé de l’Union européenne dans la lutte contre l’immigration irrégulière. L’UE finance directement Nouakchott pour intercepter et refouler les candidats au départ vers l’Europe. Sur le terrain, cette politique d’externalisation est critiquée. Human Rights Watch dénonce régulièrement les violences commises par les forces mauritaniennes contre les migrants. Dans un rapport publié en août, l’ONG a pointé les dérives d’un système où l’efficacité sécuritaire prime sur le respect des droits humains. Aujourd’hui, elle demande à la France d’obtenir des garanties concrètes.
L’enjeu pour Emmanuel Macron est délicat. En affichant son soutien à la Mauritanie, il légitime une politique migratoire controversée. Mais il a aussi besoin de Nouakchott. Depuis la rupture avec le Mali, le Burkina et le Niger, la Mauritanie reste l’un des derniers alliés fiables de la France au Sahel. Les relations entre Nouakchott et Bamako se sont tendues ces dernières semaines, mais la Mauritanie tente de préserver un équilibre de voisinage. La lutte contre les groupes jihadistes et la stabilité régionale seront donc au centre des discussions, même si cela reste peu dit publiquement.
Du côté français, on insiste sur les « liens politiques, culturels et économiques ». Une source diplomatique mauritanienne précise : « Sahel, sécurité, migration ». Trois mots qui résument tout. Car la visite d’État n’est pas qu’une formalité. Elle intervient à un moment où l’Europe cherche à verrouiller ses frontières sud, et où la France tente de maintenir une influence au Sahel malgré les coups de boutoir des régimes militaires. Ghazouani, lui, négocie en position de force relative. Il sait que Paris a besoin de lui.
Reste une question que les communicants éviteront : celle des droits humains. Sur le terrain mauritanien, les expulsions collectives et les refoulements violents se multiplient. Les ONG dénoncent une mise sous silence médiatique. En accueillant Ghazouani avec tous les honneurs, la France choisit le pragmatisme. Mais à quel prix pour sa crédibilité sur les valeurs qu’elle dit défendre ? L’absence de pression publique sur ce sujet, lors d’une visite d’État, envoie un signal clair : la realpolitik a pris le pas sur les principes.



