Yoweri Museveni a été officiellement réinvesti pour un septième mandat mardi 12 mai 2026 à Kampala. À 81 ans, le président ougandais prolonge un règne entamé en 1986, lors d’une cérémonie en présence de plusieurs chefs d’État africains. Une messe du pouvoir qui ressemblait autant à un sacre qu’à un sommet régional, soigneusement mise en scène pour afficher la continuité.
Sous un soleil de plomb, entre parades militaires et salves d’honneur, Museveni a défendu son bilan face à un parterre de dirigeants étrangers. Il a longuement insisté sur le rôle de son armée dans la stabilité du pays, tout en rendant un hommage inattendu à la Tanzanie et à Julius Nyerere, qu’il présente comme le véritable fondateur de la paix régionale. Un message calibré pour les jeunes Ougandais, nés après les guerres civiles et qui n’ont connu que lui au pouvoir.
Arrivé au pouvoir en 1986 à la tête d’une rébellion, Museveni a longtemps été salué par les capitales occidentales comme l’homme de la renaissance ougandaise. Mais au fil des décennies, le régime s’est durci : suppression de la limite des mandats en 2005, répression de l’opposition, vieillissement d’un pouvoir de plus en plus personnel. L’élection de janvier 2026, boycottée par l’opposition, reste largement contestée, sans que cela n’entame jamais la mainmise du président sortant sur les institutions.
Ce nouveau mandat s’annonce comme une prolongation du statu quo. Le camp présidentiel évoque la consolidation de la paix et la lutte contre la corruption, mais les chiffres parlent d’eux mêmes. Douze millions d’Ougandais souffrent de la faim, treize millions souffriraient de troubles mentaux selon le ministre de la Santé. Sans alternance ni pression internationale crédible, la transition générationnelle reste la grande question que Museveni, 81 ans, refuse d’aborder.
Dans le centre de Kampala, l’ambiance était étonnamment calme pour un jour férié. Peu de foule, en dehors des militants jaune du Mouvement de résistance national. L’opposition avait choisi le boycott, et sur les réseaux sociaux, une phrase revenait comme un murmure de dépit : « Je n’ai pas voté pour Museveni. » Pour Yusuf Serunkuma, professeur à l’université de Makerere, cette cérémonie n’est qu’un éternel recommencement : « On assiste tous les cinq ans au même scénario. Au fond, les gens s’attendent surtout à une continuité du système, pas à une vraie transformation. » Un constat froid qui résume à lui seul la fatigue silencieuse d’un pays bloqué.



