Les États-Unis ont annoncé mardi 12 mai des restrictions de visas visant certains membres du gouvernement de transition sud-soudanais. La mesure, signée par le secrétaire d’État Marco Rubio, cible directement ceux qui, selon Washington, sabotent le processus de paix et se livrent à des détournements massifs de fonds publics. Une déclaration de guerre diplomatique, aussi silencieuse qu’implacable.
Fondée sur la section 212(a)(3)(C) de la loi américaine sur l’immigration et la nationalité, cette décision interdit l’entrée aux États-Unis à des responsables accusés d’entraver depuis des années l’application de l’Accord revitalisé sur la résolution du conflit en République du Soudan du Sud (R‑ARCSS). Le département d’État évoque aussi des pratiques de corruption systémique, citant nommément la société Crawford Capital, Ltd., décrite comme un outil de siphonnage des caisses de l’État par de nombreux organismes d’enquête respectés.
Signé en 2018 sous la première administration Trump, le R‑ARCSS devait sceller la fin d’une guerre civile ayant fait des centaines de milliers de morts. Mais la transition patine. Les élections, prévues pour décembre 2026, constituent la troisième tentative après des reports en 2022, 2024 et 2025. La Commission des droits de l’homme de l’ONU pour le Soudan du Sud est formelle : la transition politique s’effondre, et le pays risque de replonger dans un conflit généralisé sans action internationale urgente.
Les restrictions de visas ne sont qu’un avertissement. Washington prévient qu’il utilisera tous les outils disponibles pour exposer les responsables gouvernementaux, les officiers des Forces de défense du peuple sud-soudanais (SSPDF) et tous ceux qui s’enrichissent au détriment de leur population. La pression américaine pourrait s’intensifier, avec d’autres sanctions ciblées, notamment financières, si la situation ne se débloque pas. Mais pour l’instant, Juba semble camper sur ses positions.
Sur le terrain, l’offensive militaire menée par les SSPDF dans le nord de l’État de Jonglei a déjà déplacé près de 300 000 personnes, créant les conditions d’une famine potentielle sur de larges portions du territoire. Washington fait état de rapports crédibles de violations des droits humains et de tueries à caractère ethnique visant la communauté Nuer. Parallèlement, le premier vice-président Riek Machar est sous le coup d’une mise en examen devant un tribunal spécial, et l’APLS dans l’opposition conditionne sa participation au dialogue à sa libération. Autant de signaux alarmants que les visas refusés ne résoudront pas seuls, mais que les États-Unis entendent bien ne plus laisser passer sous silence.



