Agathe Habyarimana, veuve de l’ex-président rwandais Juvénal Habyarimana, a annoncé mercredi 13 mai son intention de se pourvoir en cassation. Cette décision survient une semaine après que la cour d’appel de Paris a annulé le non‑lieu dont elle bénéficiait en première instance, ordonnant la reprise des investigations pour son rôle présumé dans le génocide des Tutsis de 1994. Pour les parties civiles, ce recours est aussi attendu qu’il paraît voué à l’échec.
L’avocat de l’ancienne première dame, Me Philippe Meilhac, a précisé qu’elle solliciterait un examen immédiat du pourvoi, avec effet suspensif, et n’exclut pas de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Le 6 mai, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris avait non seulement infirmé le non‑lieu, mais aussi enjoint de rouvrir les investigations sur une éventuelle complicité de génocide et de crimes contre l’humanité. Les juges ont souligné la nécessité de trouver un « juste équilibre » entre le délai raisonnable de la procédure et l’obligation de mener tous les actes utiles à la manifestation de la vérité.
Agathe Habyarimana est visée depuis 2007 par une information judiciaire en France, ouverte après une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda. Les associations l’identifient comme l’une des figures centrales de l’« Akazu », ce cercle restreint du pouvoir hutu extrémiste accusé d’avoir planifié l’extermination des Tutsis. Le crash de l’avion présidentiel le 6 avril 1994, qui a coûté la vie à son époux, a servi de détonateur à un génocide ayant fait près d’un million de morts en trois mois. Malgré l’ancienneté des faits, la justice française poursuit son travail de qualification historique et pénale.
La procédure en cassation pourrait durer plusieurs mois, sans garantie d’aboutir à un réexamen favorable pour la requérante. Les parties civiles, bien que sceptiques sur l’issue du pourvoi, redoutent les effets dilatoires d’une telle stratégie. Si la Cour de cassation rejette le recours, l’affaire retournera devant la cour d’appel pour de nouvelles investigations, notamment sur des témoignages et documents récemment révélés par la presse. À plus long terme, une éventuelle saisine de la CEDH ouvrirait un nouveau front judiciaire, mais sans suspendre mécaniquement les poursuites en France.
Une lettre récemment publiée par Le Monde renforce la thèse des parties civiles, en reliant directement Agathe Kanziga à des réunions préparatoires du génocide. Selon les avocats du CPCR, ce document corrobore des décennies de témoignages sur le rôle moteur de l’« Akazu ». La défense, elle, insiste sur l’absence de lien formel et sur l’âge avancé de sa cliente, née en 1942, pour contester la pertinence de nouvelles investigations. Les juges d’instruction devront désormais concilier la lenteur inévitable des commissions rogatoires internationales avec l’exigence d’un procès équitable.
Cette affaire n’est pas isolée. La France a progressivement construit une jurisprudence sur les crimes internationaux commis au Rwanda, avec les condamnations de l’ancien capitaine Pascal Simbikangwa en 2014 ou de l’ex-maire Laurent Bucyibaruta en 2022. Pour les observateurs, le pourvoi d’Agathe Habyarimana illustre la dernière ligne droite d’une bataille judiciaire longue de dix‑sept ans. La décision de la Cour de cassation sera scrutée comme un test de la capacité de la justice française à juger des faits de génocide, trente ans après les événements, sans céder ni aux pressions mémorielles ni aux arguments procéduriers.



