La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et la Confédération des États du Sahel (AES), née de la rupture des trois pays militaires, multiplient les signaux de rapprochement. Sous l’impulsion simultanée du Togo, du Sénégal et du Bénin, des discussions informelles mais structurantes se sont engagées pour dessiner un nouveau cadre de coopération, mettant en sourdine plusieurs mois de tensions institutionnelles.
À Lomé, une réunion discrète en marge de la stratégie Togo Sahel 2026 2028 a réuni les chefs de la diplomatie du Mali, du Burkina Faso et du Niger, le président de la Commission de la Cédéao Omar Alieu Touray, et le négociateur Lansana Kouyaté. Les échanges ont porté sur des dossiers concrets : corridors logistiques, sécurité, préservation des acquis régionaux. Le ton était pragmatique, comme en témoigne la déclaration du chef de la diplomatie burkinabè, réaffirmant un « esprit d’ouverture » centré sur « le bonheur des populations ».
Ce réveil diplomatique intervient après une période de glaciation. Depuis les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la Cédéao a multiplié les sanctions et les mises en garde, tandis que l’AES affichait une défiance souverainiste. Les frontières entre le Bénin et le Niger ont été fermées, des accusations de déstabilisation ont circulé, et l’intégration régionale semblait au point mort. Mais les intérêts économiques communs, en particulier pétroliers et portuaires, n’ont jamais vraiment cessé de plaider pour le dialogue.
À court terme, c’est le Sénégal qui pourrait changer la donne. Dakar dispose de « fortes chances » d’obtenir la présidence en exercice de la Cédéao, selon le ministre Cheikh Niang. Une telle position, cumulée à la présidence de la Commission déjà acquise en décembre 2025, ferait du Sénégal un acteur central capable d’incarner une médiation crédible entre l’organisation et l’AES. Cette bascule pourrait accélérer la formalisation des échanges engagés à Lomé.
L’investiture du président béninois Romuald Wadagni, le 24 mai, a offert une autre scène de rapprochement. En invitant les délégations malienne, burkinabè et nigérienne, et en prononçant un discours d’une fermeté inhabituelle sur la nécessité de « travailler ensemble » face au terrorisme, Cotonou envoie un signal fort. Le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine a salué « une nouvelle voie qui s’ouvre ». Rien n’est encore réglé, mais la sous région semble avoir choisi l’inflexion plutôt que la rupture.



