Lundi à Genève, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a lancé un appel solennel à repenser entièrement l’architecture sanitaire mondiale, qu’il a jugée « de plus en plus encombrée, complexe et fragmentée ». Tout en défendant le bilan des réformes engagées, il a dû composer avec l’ombre du retrait brutal de l’aide américaine, qui a contraint l’organisation à des suppressions massives de postes.
Pour rassurer les États membres, Tedros a d’abord annoncé avoir déclaré une urgence de santé publique internationale face à la résurgence d’Ebola en RDC, déjà propagée en Ouganda. Il a ensuite admis que le retrait américain avait forcé l’OMS à réduire ses programmes, tout en affirmant que l’organisation avait « atteint une position de stabilité ». Près de 90 % du budget de base est financé, mais les 10 % restants s’annoncent très difficiles à mobiliser.
Cette instabilité financière n’est pas nouvelle. Depuis des années, l’OMS dépend de contributions volontaires, souvent imprévisibles et fléchées. En 2022, les États membres ont pourtant approuvé un plan visant à porter les contributions obligatoires de 20 % à 50 % du budget de base d’ici 2031. Les deux premières tranches ont été versées, évitant le pire. Mais les trois suivantes, prévues en 2027, 2029 et 2031, restent suspendues à la volonté politique des grandes puissances.
L’Assemblée mondiale de la santé va désormais examiner une proposition de réforme pilotée par les États membres, mais hébergée par l’OMS. L’enjeu est clair : sortir d’une logique de réactivité face aux crises (Ebola, Covid, Hanta) pour construire une gouvernance préventive et souveraine. Tedros a salué l’initiative « Accra Reset » du président ghanéen John Mahama, rappelant que tout pays, en particulier africain, aspire à l’équité sanitaire et à la souveraineté.
Derrière les déclarations de confiance, trois chantiers majeurs illustrent la transformation en cours. Sur le plan scientifique, l’Académie OMS de Lyon propose désormais plus de 400 cours en 23 langues à 120 000 apprenants. En matière d’urgences, le Hub ARNm du Cap (Afrique du Sud) est actif dans 15 pays. Enfin, le modèle de financement, avec l’augmentation des contributions obligatoires, demeure le levier le plus structurel, mais aussi le plus fragile face aux aléas politiques.
Le discours de Tedros, volontairement optimiste, ne masque pas une réalité brutale : sans un rééquilibrage rapide entre contributions obligatoires et volontaires, l’OMS restera vulnérable aux décisions unilatérales de ses principaux bailleurs. La référence finale au « Malaysia boleh » (la Malaisie peut) sonne comme un appel à l’émancipation collective. Reste à savoir si les États membres, en particulier africains, sauront transformer cette ambition en mécanismes contraignants. L’épidémie d’Ebola en RDC rappelle, tragiquement, que le temps presse.



