Anicet Georges Dologuélé, figure majeure de l’opposition centrafricaine, a été empêché mardi 5 mai de quitter le territoire national alors qu’il devait se rendre à Addis‑Abeba. Son passeport diplomatique a été confisqué sur instruction du procureur, en accord avec le ministre de l’Intérieur. L’ancien Premier ministre, resté silencieux depuis la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle, a dénoncé mercredi lors d’une conférence de presse ce qu’il considère comme un acharnement politique systématique.
Dologuélé devait coprésider à Addis‑Abeba une réunion de la Commission de l’Union africaine consacrée au Fonds pour la paix, instance qu’il préside en exercice depuis 2024 et qu’il avait intégrée en 2018. Selon son récit, son service de protocole a présenté à l’aéroport de Bangui son passeport diplomatique, délivré en sa qualité d’ancien chef du gouvernement. Le commissaire de l’aéroport, après avoir informé le ministre de l’Intérieur, s’est vu opposer une fin de non‑recevoir : aucun passeport centrafricain ne lui est désormais reconnu, et toute sortie du territoire lui est interdite.
Ce blocage s’inscrit dans une séquence politico‑judiciaire tendue. Dès la présidentielle, les autorités avaient refusé de lui délivrer un passeport ordinaire au motif qu’il aurait perdu sa nationalité. Pourtant, le Conseil constitutionnel, dans une décision du 14 novembre 2025, a rappelé qu’aucun décret de déchéance n’avait jamais été pris, validant ainsi sa citoyenneté et sa candidature aux scrutins présidentiel et législatif. En théorie, cette haute juridiction avait donc clos le débat. En pratique, l’exécutif continue d’agir comme si ce jugement n’existait pas.
La suite dépendra de la capacité de l’opposition à mobilier la communauté internationale et l’Union africaine, alors même que Dologuélé est empêché de siéger aux instances où il représente son pays. Des recours devant la Cour africaine des droits de l’homme ou une saisine du Conseil de paix et de sécurité de l’UA sont désormais envisageables. À Bangui, le pouvoir semble miser sur l’épuisement et l’isolement de son adversaire. Mais bloquer un responsable d’une commission continentale envoyé par l’UA pourrait aussi fragiliser les relations diplomatiques de la Centrafrique avec ses partenaires.
Interrogé, le ministère de l’Intérieur oppose une tout autre lecture. Selon une source proche du département, les procédures administratives n’auraient pas été respectées par l’opposant. La même source rejette fermement l’accusation d’acharnement, estimant que Dologuélé cherche à se victimiser pour capter l’attention médiatique, à défaut d’une audience politique retrouvée.
Au‑delà du cas individuel, cette affaire met en lumière une dérive préoccupante : l’exécutif contourne ouvertement une décision du Conseil constitutionnel en privant un opposant de ses droits civiques les plus élémentaires, dont la liberté d’aller et venir. Le passeport, ordinaire ou diplomatique, n’est pas une faveur mais un droit pour tout citoyen dont la nationalité est reconnue par la justice. En normalisant ce type d’entrave, Bangui affaiblit l’État de droit et envoie un signal clair à toute l’opposition : la voie légale ne protège plus personne.



