À moins de dix jours du second tour des élections législatives et régionales, prévu le 26 avril en Centrafrique, l’Autorité nationale des élections (ANE) est au bord de la paralysie. Son personnel menace de se mettre en grève pour dénoncer deux mois d’arriérés de salaire, depuis février 2026. Une situation qui, si elle persiste, pourrait non seulement perturber l’organisation des scrutins, mais aussi contraindre à un report aux conséquences politiques immédiates.
Les agents de l’ANE décrivent une détresse sociale sans précédent. Beaucoup affirment ne plus pouvoir subvenir aux besoins de leur famille, payer leur loyer ou scolariser leurs enfants. « Si nous ne percevons pas nos salaires, il sera difficile de tenir les élections », résume l’un d’eux, sous couvert d’anonymat. Conséquence directe : une partie des cadres et agents refuse pour l’instant de se rendre dans les régions concernées par le scrutin, bloquant de fait le déploiement logistique. Pendant ce temps, le matériel électoral avance grâce aux seuls efforts conjoints du gouvernement et de la Minusca, mais sans les bras indispensables à son utilisation sur le terrain.
Ce bras de fer intervient dans un climat politique déjà tendu. Le président Faustin-Archange Touadéra, déclaré vainqueur de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, a été investi le 30 mars à Bangui pour un troisième mandat, dans un pays où la Constitution limite théoriquement le nombre de mandats. Les scrutins à venir, bien que partiels, sont cruciaux : ils doivent permettre de compléter les institutions régionales et législatives après une période marquée par l’insécurité chronique et une défiance croissante envers le processus électoral. La société civile, notamment le Groupe de travail de la société civile, rappelle régulièrement que la crédibilité des élections repose d’abord sur la fiabilité de l’organe qui les pilote.
Si la grève venait à se concrétiser, plusieurs scénarios sont envisagés. Le plus probable serait un report technique du second tour, une option que redoutent aussi bien les observateurs internationaux que les acteurs locaux. Un tel délai ne ferait qu’accroître les tensions dans un processus déjà fragile, retarderait la mise en place des institutions républicaines dans les délais constitutionnels, et offrirait un argument de plus aux détracteurs d’un pouvoir accusé de verrouiller la transition. À l’inverse, maintenir le scrutin sans personnels formés et motivés équivaudrait à organiser des élections boiteuses, fragilisant leur légitimité.
Aucune réaction officielle n’est pour l’heure venue de la présidence de l’ANE. Une source interne évoque toutement des discussions en cours avec les autorités et les partenaires techniques et financiers. Reste que le silence des responsables alimente la colère. « Nous ne pouvons ni nourrir, ni soigner nos proches. Nous avons aussi des problèmes avec nos bailleurs », ajoute un agent, résumant l’écrasement d’employés devenus, malgré eux, des acteurs malgré eux d’une crise politique latente. Le gouvernement, attendu dans les prochains jours, devra choisir entre l’urgence sociale et l’urgence électorale. Mais dans un pays où chaque scrutin est une épreuve de force, l’une ne va plus sans l’autre.



