Jeudi 16 avril, Denis Sassou Nguesso a prêté serment pour un cinquième mandat consécutif à la tête du Congo Brazzaville. À 82 ans, dont 41 cumulés au pouvoir, le chef de l’État a été réélu le 15 mars dernier avec 94,90 % des suffrages. Une cérémonie d’investiture spectaculaire s’est tenue dans le stade de Kintélé, en banlieue nord de Brazzaville, devant des centaines de milliers de Congolais et une dizaine de chefs d’État africains.
Face aux membres de la Cour constitutionnelle, installé sur une tribune dressée au milieu de la pelouse, Sassou Nguesso a juré de respecter et faire respecter la loi fondamentale du pays. Un serment solennel qui intervient après le rejet, par la même Cour, du recours déposé par l’opposant Dave Mafoula. Le président réélu s’est aussitôt présenté comme « le président de tous les Congolais, sans exception », une formule classique dans les régimes à forte verticalité.
Cette investiture prolonge l’un des plus longs règnes d’Afrique contemporaine. Arrivé au pouvoir pour la première fois en 1979, Sassou Nguesso a été contraint au multipartisme dans les années 1990, avant de reconquérir la présidence à l’issue de la guerre civile de 1997. Depuis, chaque scrutin a été marqué par des scores similaires, des recours systématiquement écartés et une opposition cantonnée à la marge. Un système rodé, où la Constitution a elle même été révisée en 2015 pour abolir la limite d’âge et supprimer le verrou des deux mandats.
Le programme du nouveau mandat s’intitule « Poursuivons la marche pour le développement ». Mais la question demeure : qui pour succéder un jour à Sassou Nguesso ? L’absence d’alternance crédible et la personnalisation extrême du pouvoir posent un risque croissant de blocage institutionnel. À court terme, la donne est claire : avec dix homologues africains venus féliciter le maître de Brazzaville – dont Paul Kagamé, Félix Tshisekedi et les présidents angolais et burundais – le régime capitalise sur une reconnaissance régionale sans faille.
Dans son discours, le président a spécifiquement interpellé la jeunesse. « Vous êtes l’avenir du Congo. Un avenir qui se conjugue au présent », a t il lancé, appelant les jeunes au travail et à l’humilité. Un message de main tendue qui ne dit pas son nom. Car cette génération, née pour l’essentiel après son retour au pouvoir en 1997, n’a connu que lui à la tête de l’État. Dans un pays où près de 60 % de la population a moins de 25 ans, l’absence de perspective politique alternative est un terreau que l’histoire rend souvent explosif.
La cérémonie s’est achevée par une parade militaire et un saut de parachutistes. Une mise en scène pensée pour conjuguer puissance et stabilité. Pourtant, le silence des partenaires internationaux occidentaux, absents du stade de Kintélé, en dit long. Les États Unis et l’Union européenne ne félicitent plus. Ils regardent. En Afrique centrale, le temps des soutiens inconditionnels est révolu. Mais pour l’instant, personne ne semble prêt à bousculer l’ordre établi.



