Le jeudi 21 mai 2026, la Chambre judiciaire de la Cour suprême du Tchad examinera le pourvoi en cassation de Succès Masra. L’ancien Premier ministre et leader du parti Les Transformateurs conteste sa condamnation à vingt ans de réclusion pour les tueries de Mandakao. La décision de la haute juridiction sera définitive.
Arrêté en août 2025 par la Cour d’appel de N’Djaména, Succès Masra a écopé de la peine maximale dans le dossier criminel n°018/25. Les faits remontent à des violences intercommunautaires meurtrières à Mandakao, une localité du sud du pays. L’opposant a toujours nié toute implication directe, dénonçant un procès politique. Son pourvoi en cassation ne porte pas sur le fond, mais sur la forme : irrégularités procédurales, violation de la loi ou incompétence des juges d’appel.
Mandakao symbolise l’une des pires crises sécuritaires internes du Tchad sous la transition militaire. En 2023 et 2024, des affrontements entre communautés agricoles et pastoralistes ont fait plusieurs centaines de morts. Le pouvoir de transition, dirigé par le président Mahamat Idriss Déby, a rapidement cherché des responsables politiques. Accusé d’avoir instrumentalisé les tensions, Succès Masra est devenu la cible numéro un. Son arrestation a suivi sa brève et tumultueuse période à la tête du gouvernement de réconciliation nationale, dont il a été évincé après des divergences stratégiques.
La décision de la Cour suprême aura des répercussions immédiates. Si elle rejette le pourvoi, Masra purge sa peine et disparaît de la scène politique pour près de deux décennies. En cas d’annulation, un nouveau procès en appel s’ouvre, avec un risque élevé pour l’exécutif : voir libérée la principale figure de l’opposition, capable de mobiliser dans la rue. Le pouvoir tchadien suit l’affaire de très près. Une cassation serait vécue comme un camouflet pour l’appareil judiciaire et pourrait raviver les tensions préélectorales.
Me Kadjilembaye Francis, avocat de Succès Masra, mise sur des vices de procédure. Il pointe notamment l’absence de preuves matérielles liant directement son client aux exactions. Ses arguments trouvent un écho auprès de certaines organisations de défense des droits humains, qui jugent le procès d’appel expéditif. À l’inverse, l’Agence judiciaire de l’État, appuyée par Mes Abdoulaye Adam Bahar, Pamkéré Wouzé et Fréddy Solalbaye, défend une décision conforme à la loi et à la gravité des faits.
Sur le terrain politique, l’affaire dépasse le cas personnel de Masra. Elle teste la capacité du Tchad à juger équitablement ses anciens dirigeants, dans un pays où l’impunité a longtemps dominé. Un rejet du pourvoi renforcerait l’idée que la justice reste aux ordres. Une cassation, au contraire, offrirait une bouffée d’oxygène à une opposition tchadienne affaiblie, mais loin d’être vaincue. Le 21 mai, N’Djaména retiendra son souffle.



