Le gouvernement ivoirien a coupé court, mercredi 15 avril 2026, aux appels émanant de certains cadres du PDCI réclamant un « retour sécurisé » de leur président Tidjane Thiam. Interrogé en fin de Conseil des ministres, le porte parole Amadou Coulibaly a sèchement indiqué que l’exécutif n’avait « aucune connaissance » d’un quelconque problème de sécurité concernant l’ancien patron de Credit Suisse. Une réponse qui sonne comme un désaveu aux craintes exprimées par une partie de la principale formation d’opposition.
En réaction aux déclarations de Me Blessy Chrysostome, cadre influent du PDCI qui plaidait pour des garanties encadrant le retour de Tidjane Thiam, Amadou Coulibaly a opposé une fin de non recevoir. Le porte parole a ironisé sur la supposée source d’informations dont disposerait l’avocat, tout en rappelant un principe juridique inattaquable : Tidjane Thiam est un citoyen ivoirien, libre de circuler comme tout compatriote résidant à l’étranger. Aucun traitement particulier, donc. Aucune menace officiellement répertoriée non plus.
Cet épisode s’inscrit dans une séquence politique tendue, marquée par les turbulences internes du PDCI RDA. Le plus vieux parti de Côte d’Ivoire, qui fête ses 80 ans, traverse une crise d’identité et de leadership. Tidjane Thiam, candidat évincé de la présidentielle d’octobre 2025 pour absence sur les listes électorales, évolue depuis hors du pays. Les appels à son retour sécurisé traduisent autant la défiance de certains militants que les rivalités internes entre ceux qui veulent le protéger et ceux qui contestent sa ligne.
Reste à savoir si Tidjane Thiam choisira de rentrer avant les échéances à venir, notamment les locales et la préparation de 2030. L’exécutif, en citant l’exemple des cadres du PPA CI de Laurent Gbagbo revenus sans encombre, lui adresse un message clair : il ne bénéficiera d’aucun statut d’exception, ni d’aucun prétexte sécuritaire pour justifier son absence prolongée. En refusant d’alimenter le récit d’une menace politique, le gouvernement contraint le PDCI à assumer ses propres divisions.
Pour nombre d’observateurs de la vie politique ivoirienne, cette sortie d’Amadou Coulibaly est aussi une manière de déminer un piège médiatique. En dramatisant l’insécurité supposée du retour de Thiam, certains cadres du PDCI cherchaient peut être à obtenir des garanties formelles ou à accréditer l’idée d’un État hostile. Le gouvernement a refusé d’entrer dans ce jeu. L’argument sécuritaire, brandi sans preuve, a été retourné contre ses auteurs : si menace il y a, qu’ils la prouvent.
Au fond, cette controverse révèle surtout la fébrilité d’un parti orphelin de sa figure historique Félix Houphouët Boigny et empêtré dans des querelles de générations et de légitimité. Tidjane Thiam incarne une modernité gestionnaire qui déplaît aux barons locaux. Son exil volontaire, justifié tantôt par des raisons professionnelles tantôt par des calculs politiques, finit par affaiblir son camp. En refusant de lui offrir le statut de persécuté, l’exécutif l’oblige à une clarification : revenir et affronter la scène politique, ou rester dehors et laisser le PDCI se déliter sans lui.



