L’Union africaine a nommé l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo haut représentant pour la Corne de l’Afrique. Une annonce faite jeudi par le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, qui mise sur l’expérience et la crédibilité du vieux leader pour tenter de ramener la paix dans une région parmi les plus instables du continent.
Obasanjo aura pour mission de collaborer avec l’ensemble des parties prenantes, des gouvernements aux mouvements armés, afin de restaurer la confiance et de maintenir le dialogue. Il devra soutenir les efforts en cours pour une paix, une stabilité et une réconciliation durables. Sa nomination n’est pas anodine. Elle intervient à un moment où les conflits s’enchevêtrent au Soudan, en Éthiopie, en Somalie et autour de la mer Rouge. L’UA lui demande d’être plus qu’un médiateur : un accélérateur de processus bloqués.
Cette nomination n’est pas une première. Il y a treize ans, Obasanjo avait déjà été désigné haut représentant pour la même région. À l’époque, le Soudan du Sud venait tout juste d’accéder à l’indépendance, et l’Éthiopie vivait sous un régime différent. Depuis, la géopolitique locale a explosé en fragilités : guerre civile au Tigré, tensions autour du Grand barrage de la Renaissance, instabilité chronique en Somalie avec Al Shabab, et plus récemment le conflit soudanais entre l’armée et les Forces de soutien rapide. Ce retour sur le terrain dit aussi l’échec relatif des mécanismes régionaux existants, incapable de produire une paix durable.
Obasanjo, 87 ans, cumule une légitimité panafricaine rare et une connaissance fine des dossiers est‑africains. Mais sa marge de manœuvre reste étroite. L’UA ne dispose ni d’une force d’interposition crédible, ni d’un levier économique décisif face aux puissances extra‑continentales présentes dans la zone (Émirats arabes unis, Russie, Chine, Turquie). Le risque est réel : celui d’une énième mission de bons offices sans traduction concrète sur le terrain. À moins que l’ancien président nigérian ne parvienne à faire ce qu’il a réussi ailleurs : parler aux belligérants comme un pair, et non comme un technocrate.
Ce que le communiqué de l’UA ne dit pas, c’est que Mahmoud Ali Youssouf, élu en février à la tête de la Commission, cherche aussi à marquer son mandat par une diplomatie plus affirmée. En rappelant une figure comme Obasanjo, il envoie un signal à la fois aux capitales africaines et aux chancelleries occidentales : l’UA entend peser, et pas seulement réagir. Reste à savoir si cette nomination ne relève pas d’un réflexe institutionnel consistant à recycler les mêmes “grands hommes” face à des crises structurelles que seuls des accords politiques internes, et une volonté locale réelle, peuvent résoudre.
Sur le terrain, la prudence domine. Plusieurs observateurs estiment qu’Obasanjo, malgré son aura, n’a jamais réussi à faire taire les armes dans la région lors de son premier mandat. Son bilan reste contrasté. Mais son atout majeur est sa liberté de ton. À la différence d’envoyés plus diplomatiques, il a toujours dit aux dirigeants africains ce qu’ils ne voulaient pas entendre. Dans une Corne de l’Afrique où la défiance entre États dépasse souvent les solidarités affichées, cette franchise pourrait être sa seule vraie arme. La question n’est donc pas son CV. Elle est de savoir si les acteurs régionaux ont, aujourd’hui, une once de volonté politique pour en finir avec les guerres.



