Le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), mouvement fondé et dirigé par Laurent Gbagbo, a officiellement adopté une motion de soutien à l’Alliance des États du Sahel (AES) lors de son premier congrès ordinaire, tenu les 14 et 15 mai 2026 au Palais de la Culture de Treichville, à Abidjan. Les congressistes y affirment sans ambages que « le salut de l’Afrique passe par la souveraineté et le panafricanisme », en référence directe aux régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger.
La motion, lue en présence de Laurent Gbagbo, félicite chaleureusement les dirigeants de l’AES pour leur « engagement dans une voie décrite comme la place de salut à tous les peuples africains ». Le texte dénonce également avec fermeté « toutes les actions terroristes fomentées par les puissances impérialistes », accusées de se sentir menacées par la volonté des peuples africains de s’approprier leur propre destin. Ce congrès, qui a également reconduit Gbagbo à la tête du parti, a ainsi servi de vitrine à un ancrage idéologique clairement assumé : anticolonial, anti-impérialiste et résolument à gauche.
Ce ralliement au camp souverainiste de l’AES intervient dans un moment charnière pour l’Afrique de l’Ouest. Depuis les coups d’État successifs au Mali (2020), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023), les trois pays ont rompu avec la France, quitté la CEDEAO et formé leur propre alliance de défense. Le PPA-CI, qui n’a jamais caché ses distances avec l’ancienne puissance coloniale, saisit ici l’occasion de se positionner comme une alternative politique en Côte d’Ivoire, à moins de deux ans d’échéances électorales majeures. Le discours de Gbagbo sur la « souveraineté comme exigence commune à plusieurs étapes indépendantes » résonne comme un écho direct aux joutes rhétoriques des capitaines Ibrahim Traoré, Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani.
Cette motion n’est pas un simple geste de solidarité. Elle traduit une volonté de rupture avec les cadres diplomatiques et sécuritaires hérités de la Françafrique. Pour Abidjan, le message est clair : le PPA-CI entend peser sur le débat national en contestant ouvertement la politique étrangère du président Alassane Ouattara, perçue comme trop accommodante avec les ex-puissances tutélaires. À moyen terme, cette prise de position pourrait isoler davantage le parti de Gbagbo sur la scène ouest-africaine, mais aussi lui offrir une base militante transfrontalière, notamment auprès des jeunes panafricanistes excédés par l’insécurité et la prédation économique.
Le congrès a également rappelé que l’Afrique, aux yeux du PPA-CI, est aujourd’hui « tributaire des dynamiques géopolitiques globales » et constitue un « espace failli au plan sécuritaire » ainsi qu’un « laboratoire de toutes les expérimentations en matière de conflit au profit des puissances étrangères ». Ce diagnostic sévère, partagé par une partie croissante de l’opinion publique sahélienne, fait écho aux échecs des interventions extérieures, notamment françaises et onusiennes, face à la propagation du djihadisme. Il permet au parti de Gbagbo de se présenter comme un acteur lucide et décomplexé, là où d’autres formations hésitent encore à nommer les responsabilités étrangères.



