Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a limogé, mercredi 15 avril en Conseil des ministres, le professeur Ousmane Cissé, directeur général de la Santé. Proche du Premier ministre Ousmane Sonko et militant historique du Pastef, Cissé est remplacé par Youssouph Tine, ancien directeur régional de la santé de Ziguinchor. Une décision qui, en apparence administrative, agite déjà la galaxie gouvernementale.
La branche santé du mouvement des cadres du Pastef a immédiatement dénoncé un « limogeage injustifié » et une « décision brutale ». Dans un communiqué, ces militants s’interrogent ouvertement sur « les véritables motivations » de l’exécutif. Le ministre de la Santé, le docteur Ibrahima Sy, est accusé par certains de vouloir écarter les membres du Pastef de son administration. Le ministère, lui, refuse tout commentaire officiel.
Ce n’est pas la première fois qu’un proche d’Ousmane Sonko est écarté d’une fonction stratégique. Le 18 février, Bassirou Kébé a été démis de la direction de la société HLM. En mars, le rappeur Kilifeu a perdu la présidence du conseil d’administration du Grand Théâtre. Tous étaient perçus comme des piliers du Pastef et des fidèles du Premier ministre. La répétition des cas nourrit l’hypothèse d’une mise à distance délibérée des militants les plus encombrants.
À court terme, cette décision pourrait cristalliser les tensions au sein de la coalition présidentielle. Le Pastef, parti structuré et sensible aux logiques d’appareil, ne tolère pas facilement ce qu’il perçoit comme une trahison interne. Si d’autres limogeages visant des proches de Sonko surviennent, la question d’une recomposition des équilibres entre la présidence et la primature deviendra centrale. Bassirou Diomaye Faye, qui a construit sa campagne sur la rupture, joue ici sa crédibilité en matière de gouvernance autonome.
La présidence balaie toute interprétation politique. Bassirou Dieng, du pôle communication de la coalition Diomaye président, rappelle que le chef de l’État a le pouvoir de nommer et de limoger sans avoir à justifier chaque départ. Selon lui, si l’objectif était politique, « beaucoup plus de personnes seraient concernées ». Une façon de refermer le débat, sans vraiment l’éteindre.
D’autres sources avancent une raison plus prosaïque : des démêlés judiciaires du professeur Cissé dans une affaire d’injures en ligne présumées l’opposant au directeur de l’hôpital Aristide Le Dantec. Un an et demi après sa nomination, ce contentieux personnel aurait pesé dans la balance. Mais pour ses soutiens, il ne s’agit là que d’un prétexte commode pour masquer une décision politique. La vérité, comme souvent à Dakar, se situe peut être dans l’entrelacs du juridique et du militant.



