Le vendredi 15 mai, à moins de trois mois de l’élection présidentielle prévue le 13 août, la Zambie a dissous son Parlement. Une décision technique en apparence, mais que plusieurs organisations de la société civile jugent pour le moins suspecte. Cette dissolution intervient au terme d’une session parlementaire éclair, durant laquelle 73 lois ont été adoptées en une seule semaine.
Parmi ces textes votés dans l’urgence figurent des lois sur la cybersécurité, les rassemblements publics et la surveillance. Autant de sujets sensibles qui touchent directement aux libertés fondamentales. La loi sur les rassemblements publics cristallise particulièrement l’inquiétude. Austin Kayanda, directeur du Media Institute of Southern Africa, est sans ambiguïté : elle ramène la Zambie à l’époque coloniale, où toute réunion, association ou partage d’idées nécessitait une autorisation préalable.
Pour comprendre la colère des acteurs de la société civile, il faut rappeler que ces textes étaient dans les cartons depuis le début du mandat. Dès 2021, des réserves avaient été exprimées sur leur nécessité et leur conformité aux principes démocratiques. Les autorités avaient alors promis qu’ils ne seraient pas adoptés en l’état. Pendant cinq ans, rien n’a bougé. Puis tout s’est accéléré en une semaine. Ce contraste saisissant entre l’inaction prolongée et la frénésie finale alimente la défiance.
Reste à savoir ce que fera le président Hakainde Hichilema. Austin Kayanda espère que le chef de l’État ne promulguera pas certaines de ces lois. Selon lui, les citoyens doivent disposer de davantage de temps pour examiner les textes et participer au débat. Mais avec la présidentielle en ligne de mire, la tentation sera forte pour le pouvoir de verrouiller le cadre légal avant le scrutin. Les prochaines semaines diront si la voix de la société civile sera entendue ou écrasée par la raison d’État.
Ce qui frappe dans cette séquence, c’est l’absence de justification claire de la part des autorités. Pourquoi avoir attendu la dernière semaine de la législature pour faire passer en bloc des textes aussi structurants ? Pourquoi priver les Zambiens de tout débat public sérieux ? La réponse, même non dite, est politique. Dans une échéance électorale serrée, mieux vaut contrôler l’espace public et museler les contestations potentielles. La loi sur les rassemblements publics, en particulier, offre un outil redoutable pour entraver l’opposition et la société civile.
Cette méthode législative n’est pas nouvelle en Afrique australe. Mais la Zambie passait jusqu’ici pour une exception démocratique modérée. La rapidité et l’opacité de ce processus fragilisent cette image. En adoptant des lois sans consultation citoyenne digne de ce nom, le pouvoir zambien prend le risque d’alimenter la méfiance et la contestation. Austin Kayanda résume l’amertume générale : nous avons eu cinq ans pour bien faire. Pourquoi avoir attendu la dernière semaine ? La question restera en suspens tant que le président n’aura pas tranché.



